Ali Baba and the Forty Thieves
The Two Brothers and the Forty Riders
French
La sultane Scheherazade éveillée par la vigilance de Dinarzade sa sœur, racontoit au sultan des Indes, son époux, l’histoire à laquelle il s’attendoit:
Puissant sultan, dit-elle, dans une ville de Perse, aux confins des états de votre Majesté, il y avoit deux frères, dont l’un se nommoit Cassim, et l’autre Ali Baba. Comme leur père ne leur avoit laissé que peu de biens, et qu’ils les avoient partagés également, il semble que leur fortune devoit être égale: le hasard néanmoins en disposa autrement.
Cassim épousa une femme qui, peu de temps après leur mariage, devint héritière d’une boutique bien garnie, d’un magasin rempli de bonnes marchandises, et de biens en fonds de terre, qui le mirent tout-à-coup à son aise, et le rendirent un des marchands les plus riches de la ville.
Ali Baba, au contraire, qui avoit épousé une femme aussi pauvre que lui, étoit logé fort pauvrement, et il n’avoit d’autre industrie pour gagner sa vie, et de quoi s’entretenir lui et ses enfans, que d’aller couper du bois dans une forêt voisine, et de venir le vendre à la ville, chargé sur trois ânes qui faisoient toute sa possession.
Ali Baba étoit un jour dans la forêt, et il achevoit d’avoir coupé à-peu-près assez de bois pour faire la charge de ses ânes, lorsqu’il aperçut une grosse poussière qui s’élevoit en l’air, et qui avançoit du côté où il étoit. Il regarde attentivement, et il distingue une troupe nombreuse de gens à cheval qui venoient d’un bon train.
Quoiqu’on ne parlât pas de voleurs dans le pays, Ali Baba néanmoins eut la pensée que ces cavaliers pouvoient en être: sans considérer ce que deviendroient ses ânes, il songea à sauver sa personne. Il monta sur un gros arbre, dont les branches à peu de hauteur se séparoient en rond, si près les unes des autres, qu’elles n’étoient séparées que par un très-petit espace. Il se posta au milieu avec d’autant plus d’assurance, qu’il pouvoit voir sans être vu; et l’arbre s’élevoit au pied d’un rocher isolé de tous les côtés, beaucoup plus haut que l’arbre, et escarpé de manière qu’on ne pouvoit monter au haut par aucun endroit.
Les cavaliers, grands, puissans, tous bien montés et bien armés, arrivèrent près du rocher, où ils mirent pied à terre; et Ali Baba, qui en compta quarante, à leur mine et a leur équipement, ne douta pas qu’ils ne fussent des voleurs. Il ne se trompoit pas: en effet, c’étoient des voleurs, qui, sans faire aucun tort aux environs, alloient exercer leurs brigandages bien loin, et avoient là leur rendez-vous; et ce qu’il les vit faire, le confirma dans cette opinion.
Chaque cavalier débrida son cheval, l’attacha, lui passa au cou un sac plein d’orge qu’il avoit apporté sur la croupe, et ils se chargèrent chacun de leur valise; et la plupart des valises parurent si pesantes à Ali Baba, qu’il jugea qu’elles étoient pleines d’or et d’argent monnoyé.
Le plus apparent, chargé de sa valise comme les autres, qu’Ali Baba prit pour le capitaine des voleurs, s’approcha du rocher, fort près du gros arbre où il s’étoit réfugié; et après qu’il se fut fait chemin au travers de quelques arbrisseaux, il prononça ces paroles si distinctement, Sésame, ouvre-toi, qu’Ali Baba les entendit. Dès que le capitaine des voleurs les eut prononcées, une porte s’ouvrit; et après qu’il eut fait passer tous ses gens devant lui, et qu’ils furent tous entrés, il entra aussi, et la porte se ferma.
Les voleurs demeurèrent long-temps dans le rocher; et Ali Baba qui craignoit que quelqu’un d’eux, ou que tous ensemble ne sortissent s’il quittoit son poste pour se sauver, fut contraint de rester sur l’arbre, et d’attendre avec patience. Il fut tenté néanmoins de descendre pour se saisir de deux chevaux, en monter un, et mener l’autre par la bride, et de gagner la ville en chassant ses trois ânes devant lui; mais l’incertitude de l’événement fit qu’il prit le parti le plus sûr.
La porte se rouvrit enfin, les quarante voleurs sortirent; et au lieu que le capitaine étoit entré le dernier, il sortit le premier, et après les avoir vus défiler devant lui. Ali Baba entendit qu’il fit refermer la porte, en prononçant ces paroles: Sésame, referme-toi. Chacun retourna à son cheval, le rebrida, rattacha sa valise, et remonta dessus. Quand ce capitaine enfin vit qu’ils étoient tous prêts à partir, il se mit à la tête, et il reprit avec eux le chemin par où ils étoient venus.
English
Scheherazade's sister Dinarzade kept watch and woke her. Scheherazade then began the story the sultan of the Indies, her husband, was expecting:
Great sultan, she said, there was once a city in Persia, near the edge of your lands. Two brothers lived there. One was called Cassim, the other Ali Baba. Their father left them very little money, and they split it evenly between them. You would think they would stay equally well off. Luck decided differently.
Cassim married a woman who, not long after, inherited a shop full of goods, a storehouse packed with good stock, and some land. Suddenly Cassim was well off. He became one of the richest merchants in town.
Ali Baba married a woman who was as poor as he was. They lived in a very poor house. To support himself and his children, all he could do was cut wood in a forest nearby and carry it into town to sell. He loaded it on three donkeys, and those donkeys were all he owned.
One day Ali Baba was in the forest. He had almost cut enough wood to load up his donkeys when he noticed a big cloud of dust going up into the sky. It was coming his way. He looked closely and saw that it was a large group of men on horseback, riding fast.
Nobody talked about robbers in that area. Still, it crossed Ali Baba's mind that these riders could be robbers. He didn't worry about what would happen to his donkeys. He only wanted to save himself. He climbed a big tree. A short way up, its branches spread out in a circle and grew so close together that there was hardly any gap between them. He sat down in the middle. He felt safe there, because he could see out but no one could see him. The tree stood at the bottom of a rock that stood by itself. The rock was much taller than the tree, and its sides were so steep that there was no way to climb up it anywhere.
The riders were big, strong men with fine horses and plenty of weapons. They came to the rock and got down from their horses. Ali Baba counted forty. From how they looked and what they carried, he was sure they were robbers. He was right. They were robbers who never hurt anyone near home. They went a long way off to steal, and they used this place to meet. What he saw next made him even surer.
Each man took the bridle off his horse and tied it up. He hung a bag of barley around the horse's neck. He had carried the bag on the back of the horse. Then each of them picked up his saddlebag. Most of the bags looked so heavy to Ali Baba that he decided they must be full of gold and silver coins.
One man stood out from the others. He was carrying a saddlebag like everyone else, and Ali Baba guessed he was the leader. He walked up to the rock, very near the tree where Ali Baba was hiding. He pushed through some bushes and said, loud and clear, "Open, Sesame!" Ali Baba heard every word. The moment the leader said it, a door opened. He let all his men go in first. When they were all inside, he went in too, and the door shut.
The robbers were inside the rock for a long time. Ali Baba was afraid that if he climbed down to run away, one of them, or all of them, would come out. So he had no choice but to stay in the tree and wait. He was tempted to climb down, grab two horses, ride one and lead the other, and head for town with his three donkeys in front of him. But he couldn't be sure how that would end, so he played it safe.
In the end the door opened again and the forty robbers came out. The leader had gone in last, and now he came out first. He watched them all walk out past him. Then Ali Baba heard him shut the door by saying, "Close, Sesame!" Each man went back to his horse, put the bridle back on, tied his saddlebag on again, and got back on. When the leader saw that everyone was ready, he rode to the front and led them away the same way they had come.
Open Sesame
French
Ali Baba ne descendit pas de l’arbre d’abord; il dit en lui-même: « Ils peuvent avoir oublié quelque chose à les obliger de revenir, et je me trouverois attrapé si cela arrivoit. » Il les conduisit de l’œil jusqu’à ce qu’il les eut perdus de vue, et il ne descendit que long-temps après, pour plus grande sûreté. Comme il avoit retenu les paroles par lesquelles le capitaine des voleurs avoit fait ouvrir et refermer la porte, il eut la curiosité d’éprouver si en les prononçant elles feroient le même effet. Il passa au travers des arbrisseaux, et il aperçut la porte qu’ils cachoient. Il se présenta devant, et dit: Sésame, ouvre-toi, et dans l’instant la porte s’ouvrit toute grande.
Ali Baba s’étoit attendu à voir un lieu de ténèbres et d’obscurité; mais il fut surpris d’en voir un bien éclairé, vaste et spacieux, creusé, de main d’homme, en voûte fort élevée qui recevoit la lumière du haut du rocher, par une ouverture pratiquée de même. Il vit de grandes provisions de bouche, des ballots de riches marchandises en piles, des étoffes de soie et de brocard, des tapis de grand prix, et sur-tout de l’or et de l’argent monnoyé par tas, et dans des sacs ou grandes bourses de cuir les unes sur autres; et à voir toutes ces choses, il lui parut qu’il y avoit non pas de longues années, mais des siècles que cette grotte servoit de retraite à des voleurs qui avoient succédé les uns aux autres.
Ali Baba ne balança pas sur le parti qu’il devoit prendre: il entra dans la grotte, et dès qu’il y fut entré, la porte se referma; mais cela ne l’inquiéta pas: il savoit le secret de la faire ouvrir. Il ne s’attacha pas à l’argent, mais à l’or monnoyé, et particulièrement à celui qui étoit dans des sacs. Il en enleva à plusieurs fois autant qu’il pouvoit en porter et en quantité suffisante pour faire la charge de ses trois ânes. Il rassembla ses ânes qui étoient dispersés; et quand il les eut fait approcher du rocher, il les chargea des sacs; et pour les cacher, il accommoda du bois par-dessus, de manière qu’on ne pouvoit les apercevoir. Quand il eut achevé, il se présenta devant la porte; et il n’eut pas prononcé ces paroles: Sésame, referme-toi, qu’elle se referma; car elle s’étoit fermée d’elle-même chaque fois qu’il y étoit entré, et étoit demeurée ouverte chaque fois qu’il en étoit sorti.
Cela fait, Ali Baba reprit le chemin de la ville; et en arrivant chez lui, il fit entrer ses ânes dans une petite cour, et referma la porte avec grand soin. Il mit bas le peu de bois qui couvrait les sacs, et il porta dans sa maison les sacs qu’il posa et arrangea devant sa femme qui étoit assise sur un sofa.
Sa femme mania les sacs; et comme elle se fut aperçue qu’ils étoient pleins d’argent, elle soupçonna son mari de les avoir volés; de sorte que quand il eut achevé de les apporter tous, elle ne put s’empêcher de lui dire:
« Ali Baba, seriez-vous assez malheureux pour… »
Ali Baba l’interrompit.
« Paix, ma femme, dit-il, ne vous alarmez pas, je ne suis pas voleur, à moins que ce ne soit l’être que de prendre sur les voleurs. Vous cesserez d’avoir cette mauvaise opinion de moi quand je vous aurai raconté ma bonne fortune. »
Il vuida les sacs, qui firent un gros tas d’or dont sa femme fut éblouie; et quand il eut fait, il lui fit le récit de son aventure, depuis le commencement jusqu’à la fin; et en achevant, il lui recommanda sur toute chose de garder le secret.
La femme, revenue et guérie de son épouvante, se réjouit avec son mari du bonheur qui leur étoit arrivé, et elle voulut compter, pièce par pièce, tout l’or qui étoit devant elle.
« Ma femme, lui dit Ali Baba, vous n’êtes pas sage: que prétendez-vous faire? Quand auriez-vous achevé de compter? Je vais creuser une fosse et l’enfouir dedans; nous n’avons pas de temps à perdre. »
« Il est bon, reprit la femme, que nous sachions au moins à-peu-près la quantité qu’il y en a. Je vais chercher une petite mesure dans le voisinage, et je le mesurerai pendant que vous creuserez la fosse. »
« Ma femme, repartit Ali Baba, ce que vous voulez faire, n’est bon à rien; vous vous en abstiendriez si vous vouliez me croire. Faites néanmoins ce qu’il vous plaira; mais souvenez-vous de garder le secret. »
English
Ali Baba didn't climb down right away. He thought, "They might have forgotten something and have to come back. If that happens, they'll catch me." He watched them until they were out of sight. To be extra safe, he waited a long while before he came down. He still remembered the words the leader had used to open and shut the door. He wanted to see if they would work for him too. He went through the bushes and found the door they hid. He stood in front of it and said, "Open, Sesame!" Right away the door opened all the way.
Ali Baba thought he would find a dark, gloomy hole. Instead, to his surprise, he found a big, bright, roomy space. People had dug it out of the rock and given it a high, curved roof. Light came in from a hole cut through the top of the rock. He saw large supplies of food and piles of bundles of expensive goods. There was silk and brocade cloth, and valuable carpets. Most of all, there were gold and silver coins, lying in heaps, and in sacks and big leather purses stacked on top of each other. Looking at all of it, he thought robbers must have been using this cave as a hiding place for centuries, not just for years, one gang after another.
Ali Baba didn't have to think twice. He went into the cave. As soon as he was inside, the door shut. That didn't worry him, because he knew the secret to open it. He didn't bother with the silver. He went for the gold coins, especially the ones in sacks. He made several trips and carried out as much as he could, enough for his three donkeys to carry. He rounded up his donkeys, which had wandered off, and brought them close to the rock. He loaded the sacks onto them and piled wood over the top so nobody could see the sacks. When he was finished, he stood in front of the door and said, "Close, Sesame!" As soon as he said it, the door shut. It had shut by itself every time he went in, and it had stayed open every time he came out.
Then Ali Baba went back to town. When he got home, he led his donkeys into a small yard and locked the gate carefully. He took off the bit of wood that was hiding the sacks. He carried the sacks into the house and laid them out in front of his wife, who was sitting on a couch.
His wife felt the sacks and realized they were full of money. She thought her husband had stolen them. When he finished bringing them all in, she couldn't stop herself from saying:
"Ali Baba, have you really fallen so far that you…"
Ali Baba stopped her.
"Quiet, wife," he said. "Don't panic. I'm not a thief. Unless taking things from thieves makes you a thief. Once I tell you about my good luck, you'll stop thinking badly of me."
He emptied the sacks. They made a big pile of gold, and his wife couldn't take her eyes off it. When he was done, he told her the whole story from start to finish. At the end, he told her that, more than anything, she must keep it a secret.
Once his wife got over her fright, she was as happy as he was about their good luck. She wanted to count all the gold in front of her, one coin at a time.
"Wife," Ali Baba said, "that's not a smart idea. What are you trying to do? When would you ever finish counting it? I'm going to dig a hole and bury it. We don't have time to waste."
"It's a good idea," his wife said, "for us to know at least about how much there is. I'll go borrow a small measuring bowl from someone nearby. I'll measure it while you dig the hole."
"Wife," Ali Baba answered, "what you want to do is useless. If you listened to me, you wouldn't do it. But do what you like. Just remember to keep it secret."
The Borrowed Measure
French
Pour se satisfaire, la femme d’Ali Baba sort, et elle va chez Cassim, son beau-frère, qui ne demeuroit pas loin. Cassim n’étoit pas chez lui, et à son défaut, elle s’adresse à sa femme, qu’elle prie de lui prêter une mesure pour quelques momens. La belle-sœur lui demanda si elle la vouloit grande ou petite, et la femme d’Ali Baba lui en demanda une petite.
« Très-volontiers, dit la belle-sœur; attendez un moment, je vais vous l’apporter. »
La belle-sœur va chercher la mesure, elle la trouve; mais comme elle connoissoit la pauvreté d’Ali Baba, curieuse de savoir quelle sorte de grain sa femme vouloit mesurer, elle s’avisa d’appliquer adroitement du suif au-dessous de la mesure, et elle y en appliqua. Elle revint, et en la présentant à la femme d’Ali Baba, elle s’excusa de l’avoir fait attendre sur ce qu’elle avoit eu de la peine à la trouver.
La femme d’Ali Baba revint chez elle; elle posa la mesure sur le tas d’or, l’emplit et la vuida un peu plus loin sur le sofa, jusqu’à ce qu’elle eût achevé, et elle fut contente du bon nombre de mesures qu’elle en trouva, dont elle fit part à son mari qui venoit d’achever de creuser la fosse.
Pendant qu’Ali Baba enfouit l’or, sa femme, pour marquer son exactitude et sa diligence à sa belle-sœur, lui reporte sa mesure; mais sans prendre garde qu’une pièce d’or s’étoit attachée au-dessous.
« Belle-sœur, dit-elle en la rendant, vous voyez que je n’ai pas gardé long-temps votre mesure; je vous en suis bien obligée, je vous la rends. »
La femme d’Ali Baba n’eut pas tourné le dos, que la femme de Cassim regarda la mesure par le dessous; et elle fut dans un étonnement inexprimable d’y voir une pièce d’or attachée. L’envie s’empara de son cœur dans le moment.
« Quoi, dit-elle, Ali Baba a de l’or par mesure! Et où le misérable a-t-il pris cet or? »
Cassim son mari n’étoit pas à la maison, comme nous l’avons dit; il étoit à sa boutique, d’où il ne devoit revenir que le soir. Tout le temps qu’il se fit attendre fut un siècle pour elle, dans la grande impatience où elle étoit de lui apprendre une nouvelle dont il ne devoit pas être moins surpris qu’elle.
À l’arrivée de Cassim chez lui: « Cassim, lui dit sa femme, vous croyez être riche, vous vous trompez: Ali Baba l’est infiniment plus que vous; il ne compte pas son or comme vous, il le mesure. »
Cassim demanda l’explication de cette énigme, et elle lui en donna l’éclaircissement en lui apprenant de quelle adresse elle s’étoit servie pour faire cette découverte, et elle lui montra la pièce de monnoie qu’elle avoit trouvée attachée au-dessous de la mesure: pièce si ancienne, que le nom du prince qui y étoit marqué lui étoit inconnu.
English
Ali Baba's wife wanted to get her way, so she went out. She went to the house of Cassim, her brother-in-law, who lived close by. Cassim wasn't home, so she asked his wife instead if she could borrow a measuring bowl for a few minutes. Cassim's wife asked if she needed a big one or a small one. Ali Baba's wife said a small one.
"Of course," said Cassim's wife. "Wait here a minute and I'll get it for you."
Cassim's wife went and found the bowl. But she knew how poor Ali Baba was, and she wondered what kind of grain his wife could want to measure. So she had a clever idea. She quietly rubbed some animal fat on the bottom of the bowl. Then she came back and handed it over. She said she was sorry for the wait, because it had taken her a while to find it.
Ali Baba's wife went home. She put the bowl into the pile of gold and filled it. Then she emptied it out on the couch a bit further along. She kept doing this until she was done. She was happy with how many bowlfuls there were, and she told her husband. He had just finished digging the hole.
While Ali Baba buried the gold, his wife took the bowl back to her sister-in-law. She wanted to show how careful and quick she was about returning it. But she didn't notice that a gold coin had stuck to the bottom.
"Here you are," she said, giving it back. "You see, I didn't keep your bowl for long. Thank you very much. Here it is."
As soon as Ali Baba's wife turned away, Cassim's wife looked at the bottom of the bowl. She was more shocked than words can say to find a gold coin stuck to it. At that moment she was filled with envy.
"What?" she said. "Ali Baba has so much gold he measures it by the bowl! Where did that poor nobody get this gold?"
As we said, her husband Cassim wasn't home. He was at his shop and wouldn't be back until evening. She was so eager to tell him the news that the wait felt like a hundred years. She knew he would be just as surprised as she was.
When Cassim got home, his wife said, "Cassim, you think you're rich. You're wrong. Ali Baba is far, far richer than you. You count your gold. He measures his."
Cassim asked her what she meant. She explained. She told him about the trick she had used to find out, and she showed him the coin she had found stuck under the bowl. The coin was so old that she didn't know the name of the king printed on it.
Cassim in the Cave
French
Loin d’être sensible au bonheur qui pouvoit être arrivé à son frère pour se tirer de la misère, Cassim en conçut une jalousie mortelle. Il en passa presque la nuit sans dormir. Le lendemain il alla chez lui, que le soleil n’étoit pas levé. Il ne le traita pas de frère: il avoit oublié ce nom depuis qu’il avoit épousé la riche veuve.
« Ali Baba, dit-il en l’abordant, vous êtes bien réservé dans vos affaires, vous faites le pauvre, le misérable, le gueux; et vous mesurez l’or! »
« Mon frère, reprit Ali Baba, je ne sais de quoi vous voulez me parler? Expliquez-vous. »
« Ne faites pas l’ignorant, repartit Cassim » Et en lui montrant la pièce d’or que sa femme lui avoit mise entre les mains: « Combien avez-vous de pièces, ajouta-t-il, semblables à celle-ci que ma femme a trouvée attachée au-dessous de la mesure que la vôtre vint lui emprunter hier? »
À ce discours, Ali Baba connut que Cassim, et la femme de Cassim (par un entêtement de sa propre femme), savoient déjà ce qu’il avoit un si grand intérêt de tenir caché; mais la faute étoit faite: elle ne pouvoit se réparer. Sans donner à son frère la moindre marque d’étonnement ni de chagrin, il lui avoua la chose, et il lui raconta par quel hasard il avoit découvert la retraite des voleurs, et en quel endroit; et il lui offrit, s’il vouloit garder le secret, de lui faire part du trésor.
« Je le prétends bien ainsi, reprit Cassim d’un air fier; mais, ajouta-t-il, je veux savoir aussi où est précisément ce trésor, les enseignes, les marques, et comment je pourrois y entrer moi-même, s’il m’en prenoit envie; autrement je vais vous dénoncer à la justice. Si vous le refusez, non-seulement vous n’aurez plus à en espérer, vous perdrez même ce que vous avez enlevé, au lieu que j’en aurai ma part pour vous avoir dénoncé. »
Ali Baba, plutôt par son bon naturel, qu’intimidé par les menaces insolentes d’un frère barbare, l’instruisit pleinement de ce qu’il souhaitait, et même des paroles dont il falloit qu’il se servît, tant pour entrer dans la grotte, que pour en sortir.
Cassim n’en demanda pas davantage à Ali Baba. Il le quitta, résolu de le prévenir; et plein d’espérance de s’emparer du trésor lui seul, il part le lendemain de grand matin, avant la pointe du jour, avec dix mulets chargés de grands coffres, qu’il se propose de remplir, en se réservant d’en mener un plus grand nombre dans un second voyage, à proportion des charges qu’il trouveroit dans la grotte. Il prend le chemin qu’Ali Baba lui avoit enseigné; il arrive près du rocher, et il reconnoît les enseignes, et l’arbre sur lequel Ali Baba s’étoit caché. Il cherche la porte, il la trouve; et pour la faire ouvrir, il prononce les paroles: Sésame, ouvre-toi. La porte s’ouvre, il entre, et aussitôt elle se referme. En examinant la grotte, il est dans une grande admiration de voir beaucoup plus de richesses qu’il ne l’avoit compris par le récit d’Ali Baba; et son admiration augmente à mesure qu’il examine chaque chose en particulier. Avare et amateur des richesses, comme il l’étoit, il eût passé la journée à se repaître les yeux de la vue de tant d’or, s’il n’eût songé qu’il étoit venu pour l’enlever et pour en charger ses dix mulets. Il en prend un nombre de sacs, autant qu’il en peut porter; et en venant à la porte pour la faire ouvrir, l’esprit rempli de toute autre idée que ce qui lui importoit davantage, il se trouve qu’il oublie le mot nécessaire, et au lieu de Sésame, il dit: Orge, ouvre-toi; et il est bien étonné de voir que la porte, loin de s’ouvrir, demeure fermée. Il nomme plusieurs autres noms de grains, autres que celui qu’il falloit, et la porte ne s’ouvre pas.
Cassim ne s’attendoit pas à cet événement. Dans le grand danger où il se voit, la frayeur se saisit de sa personne, et plus il fait d’efforts pour se souvenir du mot de Sésame, plus il embrouille sa mémoire, et bientôt ce mot est pour lui absolument comme si jamais il n’en avoit entendu parler. Il jette par terre les sacs dont il étoit chargé, il se promène à grands pas dans la grotte, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, et toutes les richesses dont il se voit environné ne le touchent plus. Laissons Cassim déplorant son sort, il ne mérite pas de compassion.
Les voleurs revinrent à leur grotte vers le midi; et quand ils furent à peu de distance, et qu’ils eurent vu les mulets de Cassim autour du rocher, chargés de coffres, inquiets de cette nouveauté, ils avancèrent à toute bride, et firent prendre la fuite aux dix mulets que Cassim avoit négligé d’attacher, et qui paissoient librement; de manière qu’ils se dispersèrent de çà et de là dans la forêt, si loin qu’ils les eurent bientôt perdus de vue.
Les voleurs ne se donnèrent par la peine de courir après les mulets: il leur importoit davantage de trouver celui à qui ils appartenoient. Pendant que quelques-uns tournent autour du rocher pour le chercher, le capitaine, avec les autres, met pied à terre et va droit à la porte le sabre à la main, prononce les paroles, et la porte s’ouvre.
Cassim qui entendit le bruit des chevaux du milieu de la grotte, ne douta pas de l’arrivée des voleurs, non plus que de sa perte prochaine. Résolu au moins à faire un effort pour échapper de leurs mains, et se sauver, il s’étoit tenu prêt à se jeter dehors dès que la porte s’ouvriroit. Il ne la vit pas plutôt ouverte, après avoir entendu prononcer le mot de Sésame, qui étoit échappé de sa mémoire, qu’il s’élança en sortant si brusquement, qu’il renversa le capitaine par terre. Mais il n’échappa pas aux autres voleurs, qui avoient aussi le sabre à la main, et qui lui otèrent la vie sur-le-champ.
Le premier soin des voleurs après cette exécution, fut d’entrer dans la grotte: ils trouvèrent près de la porte, les sacs que Cassim avoit commencé d’enlever pour les emporter, et en charger ses mulets; et ils les remirent à leur place sans s’apercevoir de ceux qu’Ali Baba avoit emportés auparavant. En tenant conseil et en délibérant ensemble sur cet événement, ils comprirent bien comment Cassim avoit pu sortir de la grotte; mais qu’il y eût pu entrer, c’est ce qu’ils ne pouvoient s’imaginer. Il leur vint en pensée qu’il pouvoit être descendu par le haut de la grotte; mais l’ouverture par où le jour y venoit, étoit si élevée, et le haut du rocher étoit si inaccessible par dehors, outre que rien ne leur marquoit qu’il l’eût fait, qu’ils tombèrent d’accord que cela étoit hors de leur connoissance. Qu’il fût entré par la porte, c’est ce qu’ils ne pouvoient se persuader, à moins qu’il n’eût eu le secret de la faire ouvrir; mais ils tenoient pour certain qu’ils étaient les seuls qui l’avoient, en quoi ils se trompoient, en ignorant qu’ils avoient été épiés par Ali Baba qui le savoit.
De quelque manière que la chose fût arrivée, comme il s’agissoit que leurs richesses communes fussent en sûreté, ils convinrent de faire quatre quartiers du cadavre de Cassim, et de le mettre près de la porte en dedans de la grotte, deux d’un côté, deux de l’autre, pour épouvanter quiconque auroit la hardiesse de faire une pareille entreprise; sauf à ne revenir dans la grotte que dans quelque temps, après que la puanteur du cadavre seroit exhalée. Cette résolution prise, ils l’exécutèrent; et quand ils n’eurent plus rien qui les arrêtât, ils laissèrent le lieu de leur retraite bien fermé, remontèrent à cheval, et allèrent battre la campagne sur les routes fréquentées par les caravanes, pour les attaquer et exercer leurs brigandages accoutumés.
English
Cassim should have been happy that his brother had a chance to escape being poor. Instead he became horribly jealous. He hardly slept that night. The next morning, before sunrise, he went to Ali Baba's house. He didn't treat him like a brother. He had stopped using that word when he married the rich widow.
"Ali Baba," he said as he walked up, "you keep your business very quiet. You act poor and miserable, like a beggar. And all the while you're measuring gold!"
"Brother," Ali Baba said, "I don't know what you're talking about. What do you mean?"
"Don't pretend you don't know," Cassim snapped. He held up the gold coin his wife had given him. "How many coins like this do you have?" he went on. "My wife found this one stuck under the measuring bowl your wife borrowed from her yesterday."
When he heard this, Ali Baba realized that Cassim and his wife already knew what he badly wanted to keep hidden. It was his own wife's stubbornness that had let it out. But what was done was done. It couldn't be fixed. He didn't let his brother see that he was surprised or upset. He admitted everything. He told him how he had come across the robbers' hiding place by chance, and where it was. He offered to share the treasure with Cassim if Cassim would keep it secret.
"That's exactly what I expect," Cassim said proudly. "But," he added, "I also want to know exactly where the treasure is. I want the landmarks and the signs, and how I can get in myself if I feel like it. If you don't tell me, I'll report you to the authorities. If you refuse, you won't get any more of it. You'll even lose what you've already taken. And I'll get a share as a reward for turning you in."
Ali Baba told him everything he wanted to know. He did it more because he was a kind man than because he was scared of his brother's rude, cruel threats. He even told him the words he would need to get into the cave and to get out again.
Cassim didn't ask Ali Baba anything else. He left, planning to get there first. He hoped to take the whole treasure for himself. Very early the next morning, before dawn, he set out with ten mules carrying big chests. He planned to fill them. Later he would bring more mules on a second trip, depending on how much there was in the cave. He took the road Ali Baba had described. He reached the rock and recognized the landmarks and the tree where Ali Baba had hidden. He looked for the door and found it. To open it he said, "Open, Sesame!" The door opened. He went in, and it shut right behind him. As he looked around the cave, he was amazed. There was much more treasure than he had imagined from Ali Baba's story. The more he looked at each thing, the more amazed he was. He was a greedy man who loved money. He would have spent the whole day staring at all that gold, but he remembered he had come to take it away and load it onto his ten mules. He picked up as many sacks as he could carry. He went to the door to open it. But his head was full of everything except the one thing that mattered, and he found he had forgotten the word. Instead of "Sesame," he said, "Open, Barley!" He was shocked when the door didn't open. It stayed shut. He tried the names of several other grains, every one but the right one, and the door still didn't open.
Cassim hadn't expected this. He saw what danger he was in and was terrified. The harder he tried to remember the word "Sesame," the more mixed up he got. Soon it was as if he had never heard the word at all. He dropped the sacks he was holding. He walked back and forth across the cave with long steps, first one way, then the other. All the treasure around him meant nothing to him anymore. Let's leave Cassim there, crying over what was happening to him. He doesn't deserve anyone's pity.
The robbers came back to their cave around midday. When they got close, they saw Cassim's mules standing around the rock with chests on their backs. This worried them, since it had never happened before. They galloped up. Cassim hadn't bothered to tie up his ten mules, and they were grazing loose. The robbers scared them off, and the mules ran in all directions into the forest. They ran so far that the robbers soon couldn't see them.
The robbers didn't bother to chase the mules. It was more important to find the man who owned them. Some of them rode around the rock looking for him. The leader and the others got off their horses and went straight to the door, swords drawn. The leader said the words, and the door opened.
From inside the cave, Cassim heard the horses and knew the robbers had come. He also knew he was about to die. He decided he would at least try to get away. He had gotten ready to rush out as soon as the door opened. He heard the word "Sesame," the word he had forgotten. As soon as he saw the door open, he charged out so hard that he knocked the leader down. But he didn't get past the other robbers. They also had their swords out, and they killed him right there.
After they had killed him, the first thing the robbers did was go into the cave. Near the door they found the sacks Cassim had started to move so he could load them on his mules. They put the sacks back where they belonged. They didn't notice the ones Ali Baba had taken earlier. They sat down together to talk about what had happened. They understood how Cassim had gotten out of the cave. What they couldn't figure out was how he had gotten in. They thought he might have climbed down through the top of the cave. But the hole that let the light in was very high, and nobody could get to the top of the rock from outside. Besides, there was no sign that he had come in that way. So they agreed they had no idea. They couldn't believe he had come in through the door unless he knew the secret for opening it. And they were sure they were the only ones who knew it. They were wrong. They didn't know that Ali Baba had spied on them and knew the secret.
However it had happened, what mattered was keeping their shared treasure safe. They agreed to cut Cassim's body into four pieces. They would put the pieces just inside the door of the cave, two on one side and two on the other. That would frighten anyone else who dared to try the same thing. They also agreed not to come back to the cave for a while, until the smell of the body was gone. Once they had decided, they did it. When there was nothing else to keep them there, they left their hiding place locked tight. They got back on their horses and rode off to roam the roads that the caravans used, to attack them and rob them as usual.
Ali Baba Brings His Brother Home
French
La femme de Cassim cependant fut dans une grande inquiétude quand elle vit qu’il étoit nuit close et que son mari n’étoit pas revenu. Elle alla chez Ali Baba tout alarmée, et elle dit: « Beau-frère, vous n’ignorez pas, comme je le crois, que Cassim votre frère est allé à la forêt, et pour quel sujet. Il n’est pas encore revenu, et voilà la nuit avancée; je crains que quelque malheur ne lui soit arrivé. »
Ali Baba s’étoit douté de ce voyage de son frère, après le discours qu’il lui avoit tenu; et ce fut pour cela qu’il s’étoit abstenu d’aller à la forêt ce jour là, afin de ne lui pas donner d’ombrage. Sans lui faire aucun reproche dont elle pût s’offenser, ni son mari, s’il eût été vivant, il lui dit qu’elle ne devoit pas encore s’alarmer, et que Cassim apparemment avoit jugé à propos de ne rentrer dans la ville que bien avant dans la nuit.
La femme de Cassim le crut ainsi, d’autant plus facilement, qu’elle considéra combien il étoit important que son mari fit la chose secrètement. Elle retourna chez elle, et elle attendit patiemment jusqu’à minuit. Mais après cela ses alarmes redoublèrent avec une douleur d’autant plus sensible, qu’elle ne pouvoit la faire éclater, ni la soulager par des cris dont elle vit bien que la cause devoit être cachée au voisinage. Alors, si sa faute étoit irréparable, elle se repentit de la folle curiosité qu’elle avoit eue, par une envie condamnable de pénétrer dans les affaires de son beau-frère et de sa belle-sœur. Elle passa la nuit dans les pleurs; et dès la pointe du jour elle courut chez eux, et elle leur annonça le sujet qui l’amenoit, plutôt par ses larmes que par ses paroles.
Ali Baba n’attendit pas que sa belle-sœur le priât de se donner la peine d’aller voir ce que Cassim étoit devenu. Il partit sur-le-champ avec ses trois ânes, après lui avoir recommandé de modérer son affliction, et il alla à la forêt. En approchant du rocher, après n’avoir vu dans le chemin ni son frère, ni les dix mulets, il fut étonné du sang répandu qu’il aperçut près de la porte, et il en prit un mauvais augure. Il se présenta devant la porte, il prononça les paroles, elle s’ouvrit; et il fut frappé du triste spectacle du corps de son frère mis en quatre quartiers. Il n’hésita pas sur le parti qu’il devoit prendre, pour rendre les derniers devoirs à son frère, en oubliant le peu d’amitié fraternelle qu’il avoit eue pour lui. Il trouva dans la grotte de quoi faire deux paquets des quatre quartiers, dont il fit la charge d’un de ses ânes, avec du bois pour les cacher. Il chargea les deux autres ânes de sacs pleins d’or et de bois par-dessus, comme la première fois, sans perdre de temps; et dès qu’il eut achevé, et qu’il eut commandé à la porte de se refermer, il reprit le chemin de la ville; mais il eut la précaution de s’arrêter à la sortie de la forêt, assez de temps pour n’y rentrer que de nuit. En arrivant, il ne fit entrer chez lui que les deux ânes chargés d’or; et après avoir laissé à sa femme le soin de les décharger, et lui avoir fait part en peu de mots de ce qui étoit arrivé à Cassim, il conduisit l’autre âne chez sa belle-sœur.
Ali Baba frappa à la porte, qui lui fut ouverte par Morgiane: cette Morgiane étoit une esclave adroite, entendue, et féconde en inventions pour faire réussir les choses les plus difficiles; et Ali Baba la connoissoit pour telle. Quand il fut entré dans la cour, il déchargea l’âne du bois et des deux paquets; et en prenant Morgiane à part: « Morgiane, dit-il, la première chose que je te demande, c’est un secret inviolable: tu vas voir combien il nous est nécessaire autant à ta maîtresse qu’à moi. Voilà le corps de ton maître dans ces deux paquets, il s’agit de le faire enterrer comme s’il étoit mort de sa mort naturelle. Fais-moi parler à ta maîtresse, et sois attentive à ce que je lui dirai. »
Morgiane avertit sa maîtresse, et Ali Baba qui la suivoit, entra.
« Hé bien, beau-frère, demanda la belle-sœur à Ali Baba avec grande impatience, quelle nouvelle apportez-vous de mon mari? Je n’aperçois rien sur votre visage qui doive me consoler. »
« Belle-sœur, répondit Ali Baba, je ne puis vous rien dire, qu’auparavant vous ne me promettiez de m’écouter depuis le commencement jusqu’à la fin sans ouvrir la bouche. Il ne vous est pas moins important qu’à moi, dans ce qui est arrivé, de garder un grand secret pour votre bien, et pour votre repos. »
« Ah, s’écria la belle-sœur sans élever la voix, ce préambule me fait connoître que mon mari n’est plus; mais en même temps je connois la nécessité du secret que vous me demandez. Il faut bien que je me fasse violence: dites, je vous écoute. »
Ali Baba raconta à sa belle-sœur, tout le succès de son voyage jusqu’à son arrivée avec le corps de Cassim.
« Belle-sœur, ajouta-t-il, voilà un sujet d’affliction pour vous d’autant plus grand que vous vous y attendiez moins. Quoique le mal soit sans remède, si quelque chose néanmoins est capable de vous consoler, je vous offre de joindre le peu de bien que Dieu m’a envoyé au vôtre, en vous épousant, et en vous assurant que ma femme n’en sera pas jalouse, et que vous vivrez bien ensemble. Si la proposition vous agrée, il faut songer à faire en sorte qu’il paroisse que mon frère est mort de sa mort naturelle; et c’est un soin dont il me semble que vous pouvez vous reposer sur Morgiane, et j’y contribuerai de mon côté de tout ce qui sera en mon pouvoir. »
Quel meilleur parti pouvoit prendre la veuve de Cassim, que celui qu’Ali Baba lui proposoit, elle qui, avec les biens qui lui demeuroient par la mort de son premier mari, en trouvoit un autre plus riche qu’elle; et qui, par la découverte du trésor qu’il avoit faite, pouvoit le devenir davantage? Elle ne refusa pas le parti, elle le regarda au contraire comme un motif raisonnable de consolation. En essuyant ses larmes qu’elle avoit commencé de verser en abondance, en supprimant les cris perçans ordinaires aux femmes qui ont perdu leurs maris, elle témoigna suffisamment à Ali Baba qu’elle acceptoit son offre.
Ali Baba laissa la veuve de Cassim dans cette disposition; et après avoir recommandé à Morgiane de bien s’acquitter de son personnage, il retourna chez lui avec son âne.
English
It got dark, and Cassim still hadn't come home. His wife became very worried. She hurried to Ali Baba's house in a panic. "Brother-in-law," she said, "I think you know that your brother Cassim went to the forest, and why he went. He isn't back yet, and it's late at night. I'm afraid something bad has happened to him."
After what Cassim had said to him, Ali Baba had guessed his brother would make the trip. That was why he had stayed away from the forest that day. He didn't want Cassim to think he was up to something. He didn't blame her for anything, so as not to upset her. He wouldn't have blamed Cassim either, if Cassim had been alive. He told her not to worry yet. Cassim had probably decided it was better to come back into town late at night.
Cassim's wife believed him. It was easy to believe, since she knew how important it was for her husband to do this in secret. She went home and waited patiently until midnight. After that she became twice as frightened. Her pain was even worse because she couldn't let it out. She couldn't cry out loud, because she knew the neighbors must not find out why. Her mistake could not be undone, but she was sorry now for being so nosy. It was a shameful kind of envy that had made her poke into her brother-in-law's and sister-in-law's business. She cried all night. At the first light of day she ran to their house. She let them know why she had come, more with her tears than with her words.
Ali Baba didn't wait for his sister-in-law to ask him to go and find out what had happened to Cassim. He told her to try to stay calm. Then he left right away with his three donkeys and went to the forest. On the way he saw no sign of his brother or of the ten mules. When he got near the rock, he saw blood spilled near the door. That frightened him and seemed like a bad sign. He stood in front of the door and said the words. It opened. There in front of him was his brother's body, cut into four pieces. It was a terrible sight. Cassim had never been very brotherly to him, but Ali Baba put that out of his mind. He knew right away what he had to do to give his brother a proper burial. He found things in the cave to wrap the four pieces into two bundles. He loaded them onto one of his donkeys and hid them under some wood. He wasted no time. He loaded the other two donkeys with sacks full of gold and put wood on top, the same as the first time. As soon as he was done, he told the door to close and headed back to town. But he was careful. He stopped at the edge of the forest and waited there long enough so he wouldn't get to town until after dark. When he got there, he took only the two donkeys carrying gold into his own house. He left it to his wife to unload them and told her in a few words what had happened to Cassim. Then he led the third donkey to his sister-in-law's house.
Ali Baba knocked, and Morgiana opened the door. Morgiana was a slave in the house. She was smart and quick, and she was full of ideas for making even the hardest plans work. Ali Baba knew this about her. When he was inside the yard, he took the wood and the two bundles off the donkey. He took Morgiana to one side. "Morgiana," he said, "the first thing I need from you is to keep a secret, no matter what. You'll see how important it is, both for your mistress and for me. Your master's body is in these two bundles. We have to get him buried as if he died a normal death. Take me to your mistress, and listen carefully to what I tell her."
Morgiana told her mistress, and Ali Baba came in behind her.
"Well, brother-in-law?" his sister-in-law asked. She couldn't wait. "What news do you have about my husband? I don't see anything in your face that makes me feel any better."
"Sister-in-law," Ali Baba answered, "I can't tell you anything until you promise to listen to the whole story, start to finish, without saying a word. After what has happened, it's just as important for you as it is for me to keep this a close secret. It's for your own good and your own peace of mind."
"Oh," she cried, keeping her voice down, "the way you're starting tells me my husband is dead. But I also understand why you need me to keep it secret. I'll have to force myself. Go on. I'm listening."
Ali Baba told her everything that had happened on his trip, up to the moment he arrived with Cassim's body.
"Sister-in-law," he went on, "this is terrible for you, and all the more because you didn't see it coming. Nothing can fix what has happened. But if anything can comfort you, here is my offer. God has given me a little wealth. I'll put it together with yours by marrying you. I promise you my wife won't be jealous, and the two of you will get along well. If you agree, we have to make it look as if my brother died a natural death. I think you can leave that to Morgiana. And I'll do everything I can to help."
What better choice did Cassim's widow have than the one Ali Baba was offering? She still had the money her first husband had left her. Now she was getting a second husband who was richer than she was. And with the treasure he had found, he might become even richer. She didn't turn the offer down. In fact, she saw it as a sensible reason to take comfort. She had started to cry very hard, but she wiped away her tears. She held back the loud, piercing cries that women usually make when they lose their husbands. That showed Ali Baba clearly enough that she accepted.
Ali Baba left Cassim's widow feeling this way. He told Morgiana to be sure to play her part well. Then he went home with his donkey.
Morgiana and the Cobbler
French
Morgiane ne s’oublia pas; et elle sortit en même temps qu’Ali Baba, et alla chez un apothicaire qui étoit dans le voisinage: elle frappe à la boutique, on ouvre, elle demande d’une sorte de tablette très-salutaire dans les maladies les plus dangereuses. L’apothicaire lui en donna pour l’argent qu’elle avoit présenté, en demandant qui étoit malade chez son maître?
« Ah, dit-elle avec un grand soupir, c’est Cassim lui-même, mon bon maître! On n’entend rien à sa maladie, il ne parle, ni ne peut manger. »
Avec ces paroles, elle emporte les tablettes dont véritablement Cassim n’étoit plus en état de faire usage.
Le lendemain, la même Morgiane vient chez le même apothicaire, et demande, les larmes aux yeux, d’une essence dont on avoit coutume de ne faire prendre aux malades qu’à la dernière extrémité; et on n’espéroit rien de leur vie, si cette essence ne les faisoit revivre.
« Hélas, dit-elle avec une grande affliction, en la recevant des mains de l’apothicaire, je crains fort que ce remède ne fasse pas plus d’effet que les tablettes! Ah, que je perds un bon maître! »
D’un autre côté, comme on vit toute la journée Ali Baba et sa femme d’un air triste faire plusieurs allées et venues chez Cassim, on ne fut pas étonné sur le soir d’entendre des cris lamentables de la femme de Cassim, et sur-tout de Morgiane, qui annonçoient que Cassim étoit mort.
Le jour suivant de grand matin, le jour ne faisoit que commencer à paroître, Morgiane qui savoit qu’il y avoit sur la place un bon homme de savetier fort vieux, qui ouvroit tous les jours sa boutique le premier, long-temps avant les autres, sort, et va le trouver. En l’abordant, et en lui donnant le bonjour, elle lui mit une pièce d’or dans la main.
Baba Moustafa, connu de tout le monde sous ce nom, Baba Moustafa, dis-je, qui étoit naturellement gai, et qui avoit toujours le mot pour rire, en regardant la pièce d’or, à cause qu’il n’étoit pas encore bien jour, et en voyant que c’était de l’or: « Bonne étrenne! Dit-il, de quoi s’agit-il? Me voilà prêt à bien faire. »
« Baba Moustafa, lui dit Morgiane, prenez ce qui vous est nécessaire pour coudre, et venez avec moi promptement; mais à condition que je vous banderai les yeux, quand nous serons dans un tel endroit. »
À ces paroles, Baba Moustafa fit le difficile.
« Oh, oh, reprit-il, vous voulez donc me faire faire quelque chose contre ma conscience, ou contre mon honneur? »
En lui mettant une autre pièce d’or dans la main: « Dieu garde, reprit Morgiane, que j’exige rien de vous, que vous ne puissiez faire en tout honneur. Venez seulement, et ne craignez rien. »
Baba Moustafa se laissa mener; et Morgiane, après lui avoir bandé les yeux avec un mouchoir à l’endroit qu’elle avoit marqué, le mena chez défunt son maître, et elle ne lui ôta le mouchoir que dans la chambre où elle avoit mis le corps, chaque quartier à sa place. Quand elle le lui eut ôté: « Baba Moustafa, dit-elle, c’est pour vous faire coudre les pièces que voilà, que je vous ai amené. Ne perdez pas de temps; et quand vous aurez fait, je vous donnerai une autre pièce d’or. »
Quand Baba Moustafa eut achevé, Morgiane lui rebanda les yeux dans la même chambre; et après lui avoir donné la troisième pièce d’or qu’elle lui avoit promise, et lui avoir recommandé le secret, elle le remena jusqu’à l’endroit où elle lui avoit bandé les yeux en l’amenant; et là, après lui avoir encore ôté le mouchoir, elle le laissa retourner chez lui; en le conduisant de vue jusqu’à ce qu’elle ne le vit plus, afin de lui ôter la curiosité de revenir sur ses pas pour l’observer elle-même.
Morgiane avoit fait chauffer de l’eau pour laver le corps de Cassim. Ainsi Ali Baba, qui arriva comme elle venoit de rentrer, le lava, le parfuma d’encens, et l’ensevelit avec les cérémonies accoutumées. Le menuisier apporta aussi la bière, qu’Ali Baba avoit pris le soin de commander.
Afin que le menuisier ne pût s’apercevoir de rien, Morgiane reçut la bière à la porte; et après l’avoir payé et renvoyé, elle aida à Ali Baba à mettre le corps dedans; et quand Ali Baba eut bien cloué les planches par-dessus, elle alla à la mosquée avertir que tout étoit prêt pour l’enterrement. Les gens de la mosquée destinés pour laver les corps morts, s’offrirent pour venir s’acquitter de leur fonction; mais elle leur dit que la chose étoit faite.
Morgiane de retour, ne faisoit que de rentrer, quand l’iman et d’autres ministres de la mosquée arrivèrent. Quatre voisins assemblés chargèrent la bière sur leurs épaules; et en suivant l’iman, qui récitoit des prières, ils la portèrent au cimetière. Morgiane en pleurs, comme esclave du défunt, suivit la tête nue, en poussant des cris pitoyables, en se frappant la poitrine de grands coups, et en s’arrachant les cheveux; et Ali Baba marchoit après, accompagné des voisins qui se détachoient tour-à-tour, de temps en temps, pour relayer et soulager les autres voisins qui portoient la bière, jusqu’à ce qu’on arrivât au cimetière.
Pour ce qui est de la femme de Cassim, elle resta dans sa maison, en se désolant et en poussant des cris lamentables avec les femmes du voisinage, qui, selon la coutume, y accoururent pendant la cérémonie de l’enterrement, et qui en joignant leurs lamentations aux siennes, remplirent tout le quartier de tristesse bien loin aux environs.
De la sorte, la mort funeste de Cassim fut cachée et dissimulée entre Ali Baba, sa femme, la veuve de Cassim et Morgiane, avec un ménagement si grand, que personne de la ville, loin d’en avoir connoissance, n’en eut pas le moindre soupçon.
Trois ou quatre jours après l’enterrement de Cassim, Ali Baba transporta le peu de meubles qu’il avoit, avec l’argent qu’il avoit enlevé du trésor des voleurs, qu’il ne porta que la nuit dans la maison de la veuve de son frère, pour s’y établir, ce qui fit connoître son nouveau mariage avec sa belle-sœur. Et comme ces sortes de mariages ne sont pas extraordinaires dans notre religion, personne n’en fut surpris.
Quant à la boutique de Cassim, Ali Baba avoit un fils, qui depuis quelque temps avoit achevé son apprentissage chez un autre gros marchand, qui avoit toujours rendu témoignage de sa bonne conduite, il la lui donna avec promesse, s’il continuoit de se gouverner sagement, qu’il ne seroit pas long-temps à le marier avantageusement selon son état.
English
Morgiana knew what to do. She left the house when Ali Baba did and went to a pharmacist who had a shop nearby. She knocked, and he opened. She asked for a kind of pill that was very good for the most serious illnesses. The pharmacist gave her some in return for the money she handed him. He asked who was sick in her master's house.
"Oh," she said with a big sigh, "it's Cassim himself, my good master! Nobody understands what's wrong with him. He can't talk, and he can't eat."
With that, she took the pills. Of course, Cassim was in no condition to take them anymore.
The next day Morgiana went back to the same pharmacist. With tears in her eyes, she asked for a medicine that people were only given when they were close to death. If this medicine didn't bring them back, there was no hope left.
"Oh no," she said sadly as he handed it to her. "I'm really afraid this medicine won't work any better than the pills did. Oh, what a good master I'm losing!"
Meanwhile, people had seen Ali Baba and his wife going in and out of Cassim's house all day with sad faces. So in the evening, nobody was surprised to hear Cassim's wife, and Morgiana most of all, crying out and wailing. It was the sign that Cassim had died.
Very early the next morning, just as the sun was starting to come up, Morgiana went out. She knew that on the town square there was a kind old shoemaker, a very old man, who always opened his shop first every day, long before anyone else. She went to find him. When she came up to him, she said good morning and put a gold coin in his hand.
Everyone called him Baba Mustafa. He was a cheerful man who always had a joke to tell. It wasn't fully light yet, so he looked closely at the coin. When he saw that it was gold, he said, "What a great way to start the day! What can I do for you? I'm ready to do a good job."
"Baba Mustafa," Morgiana said, "bring what you need for sewing and come with me, fast. But you have to agree to let me cover your eyes when we get to a certain spot."
When he heard that, Baba Mustafa acted as if he didn't want to.
"Oh, now," he said, "so you want me to do something that's against my conscience, or that would hurt my good name?"
Morgiana put a second gold coin in his hand. "God forbid," she said, "that I'd ask you to do anything that isn't completely honorable. Just come with me, and don't be afraid."
Baba Mustafa let her lead him. When they got to the spot she had chosen, Morgiana tied a handkerchief over his eyes. She led him to her dead master's house. She didn't take the handkerchief off until they were in the room where she had laid out the body, each piece in the right place. Once she took it off, she said, "Baba Mustafa, I brought you here to sew these pieces together. Don't waste any time. When you're done, I'll give you another gold coin."
When Baba Mustafa had finished, Morgiana covered his eyes again, right there in the same room. She gave him the third gold coin she had promised him and told him to keep it secret. Then she walked him back to the spot where she had first covered his eyes. She took the handkerchief off again and let him go home. She watched him until he was out of sight. That way he wouldn't be tempted to turn around and follow her to find out where she went.
Morgiana had heated up water to wash Cassim's body. Ali Baba arrived just after she got back. He washed the body, perfumed it with incense, and wrapped it for burial with the usual ceremonies. The carpenter also brought the coffin that Ali Baba had made sure to order.
Morgiana took the coffin from the carpenter at the door, so that he couldn't notice anything. She paid him and sent him off. Then she helped Ali Baba put the body in the coffin. When Ali Baba had nailed the boards on top tightly, she went to the mosque to tell them everything was ready for the burial. The men at the mosque whose job was to wash the dead offered to come and do it. But she told them it had already been done.
Morgiana had barely gotten home when the imam and other officials from the mosque arrived. Four neighbors came together and lifted the coffin onto their shoulders. They followed the imam, who was saying prayers, and carried the coffin to the cemetery. Morgiana walked behind them, crying, as the dead man's slave. She had her head uncovered. She wailed pitifully, beat her chest hard, and pulled at her hair. Ali Baba walked after her with the neighbors. Every so often some of them would step in and take a turn carrying the coffin so the others could rest. They kept this up all the way to the cemetery.
Cassim's wife stayed at home. She mourned and wailed along with the women from the neighborhood. As was the custom, they had come running to her house during the burial. Their cries joined hers, and the whole area, far and wide, was filled with sadness.
This is how Ali Baba, his wife, Cassim's widow, and Morgiana kept Cassim's terrible death hidden. They were so careful that nobody in town knew about it. In fact, nobody even had the smallest suspicion.
Three or four days after the burial, Ali Baba moved into his brother's widow's house to live there. He brought what little furniture he had. He also brought the money he had taken from the robbers' treasure, but he only moved that at night. This let people know that he had married his sister-in-law. In our religion that kind of marriage is not unusual, so nobody was surprised.
Now, about Cassim's shop. Ali Baba had a son who had recently finished training with another important merchant. That merchant had always said the young man behaved well. Ali Baba gave him the shop. He promised his son that if he kept behaving sensibly, it wouldn't be long before Ali Baba found him a good marriage that suited his position.
The Chalk Mark
French
Laissons Ali Baba jouir des commencemens de sa bonne fortune, et parlons des quarante voleurs. Ils revinrent à leur retraite de la forêt, dans le temps dont ils étoient convenus; mais ils furent dans un grand étonnement de ne pas trouver le corps de Cassim, et il augmenta quand ils se furent aperçus de la diminution de leurs sacs d’or.
« Nous sommes découverts et perdus, dit le capitaine, si nous n’y prenons garde. Et si nous ne cherchons promptement à y apporter le remède, insensiblement nous allons perdre tant de richesses, que nos ancêtres et nous avons amassées avec tant de peine et de fatigues. Tout ce que nous pouvons juger du dommage qu’on nous a fait, c’est que le voleur que nous avons surpris a eu le secret de faire ouvrir la porte, et que nous sommes arrivés heureusement à point nommé dans le temps qu’il en alloit sortir. Mais il n’étoit pas le seul, un autre doit l’avoir comme lui. Son corps emporté et notre trésor diminué, en sont des marques incontestables. Et comme il n’y a pas d’apparence que plus de deux personnes aient eu ce secret, après avoir fait périr l’un, il faut que nous fassions périr l’autre de même. Qu’en dites-vous, braves gens, n’êtes-vous pas de même avis que moi? »
La proposition du capitaine des voleurs fut trouvée si raisonnable par sa compagnie, qu’ils l’approuvèrent tous, et qu’ils tombèrent d’accord qu’il falloit abandonner toute autre entreprise, pour ne s’attacher uniquement qu’à celle-ci, et ne s’en départir qu’il n’y eussent réussi.
« Je n’en attendois pas moins de votre courage et de votre bravoure, reprit le capitaine; mais avant toute chose, il faut que quelqu’un de vous, hardi, adroit et entreprenant aille à la ville, sans armes, et en habit de voyageur et d’étranger, et qu’il emploie tout son savoir-faire pour découvrir si on n’y parle pas de la mort étrange de celui que nous avons massacré comme il le méritoit, qui il étoit, et en quelle maison il demeuroit? C’est ce qu’il nous est important que nous sachions d’abord, pour ne rien faire dont nous ayons lieu de nous repentir, en nous découvrant nous-mêmes dans un pays où nous sommes inconnus depuis si long-temps, et où nous avons un si grand intérêt de continuer de l’être. Mais afin d’animer celui de vous qui s’offrira pour se charger de cette commission, et l’empêcher de se tromper, en nous venant faire un rapport faux, au lieu d’un véritable qui seroit capable de causer notre ruine, je vous demande si vous ne jugez pas à propos qu’en ce cas-là il se soumette à la peine de mort. »
Sans attendre que les autres donnassent leurs suffrages: « Je m’y soumets, dit l’un des voleurs, et je fais gloire d’exposer ma vie, en me chargeant de la commission. Si je n’y réussis pas, vous vous souviendrez au moins que je n’aurai manqué ni de bonne volonté, ni de courage, pour le bien commun de la troupe. »
Ce voleur, après avoir reçu de grandes louanges du capitaine et de ses camarades, se déguisa de manière que personne ne pouvoit le prendre pour ce qu’il étoit. En se séparant de la troupe, il partit la nuit, et il prit si bien ses mesures, qu’il entra dans la ville dans le temps que le jour ne faisoit que commencer à paroître. Il avança jusqu’à la place, où il ne vit qu’une seule boutique ouverte, et c’étoit celle de Baba Moustafa.
Baba Moustafa étoit assis sur son siége, l’alêne à la main, prêt à travailler de son métier. Le voleur alla l’aborder, en lui souhaitant le bon jour; et comme il se fut aperçu de son grand âge: « Bon-homme, dit-il, vous commencez à travailler de grand matin; il n’est pas possible que vous y voyiez encore clair, âgé comme vous l’êtes; et quand il feroit plus clair, je doute que vous ayiez d’assez bons yeux pour coudre? »
« Qui que vous soyez, reprit Baba Moustafa, il faut que vous ne me connoissiez pas. Si vieux que vous me voyez, je ne laisse pas d’avoir les yeux excellens; et vous n’en douterez pas quand vous saurez qu’il n’y a pas long-temps que j’ai cousu un mort dans un lieu où il ne faisoit guère plus clair qu’il fait présentement. »
Le voleur eut une grande joie de s’être adressé en arrivant à un homme qui d’abord, comme il n’en douta pas, lui donnoit de lui-même nouvelle de ce qui l’avoit amené, sans le lui demander.
«Un mort, reprit-il avec étonnement! » Et pour le faire parler: « Pourquoi coudre un mort, ajouta-t-il? Vous voulez dire apparemment que vous avez cousu le linceul dans lequel il a été enseveli. »
« Non, non, reprit Baba Moustafa: je sais ce que je veux dire. Vous voudriez me faire parler, mais vous n’en saurez pas davantage. »
Le voleur n’avoit pas besoin d’un éclaircissement plus ample pour être persuadé qu’il avoit découvert ce qu’il étoit venu chercher. Il tira une pièce d’or; et en la mettant dans la main de Baba Moustafa, il lui dit:
« Je n’ai garde de vouloir entrer dans votre secret, quoique je puisse vous assurer que je ne le divulguerois pas, si vous me l’aviez confié. La seule chose dont je vous prie, c’est de me faire la grâce de m’enseigner, ou de venir me montrer la maison où vous avez cousu ce mort? »
« Quand j’aurois la volonté de vous accorder ce que vous me demandez, reprit Baba Moustafa, en tenant la pièce d’or prêt à la rendre, je vous assure que je ne pourrois pas le faire: vous devez m’en croire sur ma parole. En voici la raison: c’est qu’on m’a mené jusqu’à un certain endroit où l’on m’a bandé les yeux, et de là je me suis laissé conduire jusque dans la maison, d’où après avoir fait ce que je devois faire, on me ramena de la même manière jusqu’au même endroit. Vous voyez l’impossibilité qu’il y a que je puisse vous rendre service. »
« Au moins, repartit le voleur, vous devez vous souvenir à-peu-près du chemin qu’on vous a fait faire les yeux bandés. Venez, je vous prie, avec moi, je vous banderai les yeux en cet endroit-là, et nous marcherons ensemble par le même chemin et par les mêmes détours, que vous pourrez vous remettre dans la mémoire d’avoir marché; et comme toute peine mérite récompense, voici une autre pièce d’or. Venez, faites-moi le plaisir que je vous demande. » Et en disant ces paroles il lui mit une autre pièce dans la main.
Les deux pièces d’or tentèrent Baba Moustafa; il les regarda quelque temps de sa main sans dire mot, en se consultant pour savoir ce qu’il devoit faire. Il tira enfin sa bourse de son sein, et en les mettant dedans: « Je ne puis vous assurer, dit-il au voleur, que je me souvienne précisément du chemin qu’on me fit faire; mais puisque vous le voulez ainsi, allons, je ferai ce que je pourrai pour m’en souvenir. »
Baba Moustafa se leva à la grande satisfaction du voleur; et sans fermer sa boutique, où il n’y avoit rien de conséquence à perdre, il mena le voleur avec lui jusqu’à l’endroit où Morgiane lui avoit bandé les jeux. Quand ils furent arrivés: « C’est ici, dit Baba Moustafa, qu’on m’a bandé, et j’étois tourné comme vous me voyez. Le voleur qui avoit son mouchoir prêt, les lui banda, et il marcha à côté de lui, en partie en le conduisant, en partie en se laissant conduire par lui, jusqu’à ce qu’il s’arrêtât.
« Il me semble, dit Baba Moustafa, que je n’ai point passé plus loin. » Et il se trouva véritablement devant la maison de Cassim, où Ali Baba demeuroit alors. Avant de lui ôter le mouchoir de devant les yeux, le voleur fit promptement une marque à la porte avec de la craie qu’il tenoit prête; et quand il le lui eut ôté, il lui demanda s’il savoit à qui appartenoit la maison? Baba Moustafa lui répondit qu’il n’étoit pas du quartier, et ainsi qu’il ne pouvoit lui en rien dire.
Comme le voleur vit qu’il ne pouvoit apprendre rien davantage de Baba Moustafa, il le remercia de la peine qu’il lui avoit fait prendre; et après qu’il l’eut quitté et laissé retourner à sa boutique, il reprit le chemin de la forêt, persuadé qu’il seroit bien reçu.
Peu de temps après que le voleur et Baba Moustafa se furent séparés, Morgiane sortit de la maison d’Ali Baba pour quelqu’affaire; et en revenant, elle remarqua la marque que le voleur y avoit faite; elle s’arrêta pour y faire attention.
« Que signifie cette marque, dit-elle en elle-même, quelqu’un voudroit-il du mal à mon maître, ou l’a-t-on faite pour se divertir? À quelque intention qu’on l’ait pu faire, ajouta-t-elle, il est bon de se précautionner contre tout événement. »
Elle prend aussitôt de la craie; et comme les deux ou trois portes au-dessus et au-dessous étoient semblables, elle les marqua au même endroit, et elle rentra dans la maison sans parler de ce qu’elle venoit de faire, ni à son maître ni à sa maîtresse.
Le voleur cependant qui continuoit son chemin, arriva à la forêt, et rejoignit sa troupe de bonne heure. En arrivant, il fit rapport du succès de son voyage, en exagérant le bonheur qu’il avoit eu d’avoir trouvé d’abord un homme par lequel il avoit appris le fait dont il étoit venu s’informer, ce que personne que lui n’eût pu lui apprendre. Il fut écouté avec une grande satisfaction; et le capitaine, en prenant la parole, après l’avoir loué de sa diligence: « Camarades, dit-il en s’adressant à tous, nous n’avons pas de temps à perdre, partons bien armés, sans qu’il paroisse que nous le soyons; et quand nous serons entrés dans la ville séparément, les uns après les autres, pour ne pas donner de soupçon, que le rendez-vous soit dans la grande place, les uns d’un côté, les autres de l’autre, pendant que j’irai reconnoître la maison avec notre camarade, qui vient de nous apporter une si bonne nouvelle, afin que là-dessus je juge du parti qui nous conviendra le mieux. »
Le discours du capitaine des voleurs fut applaudi, et ils furent bientôt en état de partir. Ils défilèrent deux à deux, trois à trois; et en marchant à une distance raisonnable les uns des autres, ils entrèrent dans la ville sans donner aucun soupçon. Le capitaine et celui qui étoit venu le matin, y entrèrent les derniers. Celui-ci mena le capitaine dans la rue où il avoit marqué la maison d’Ali Baba; et quand il fut devant une des portes qui avoit été marquée par Morgiane, il la lui fit remarquer, en lui disant que c’étoit celle-là. Mais en continuant leur chemin sans s’arrêter, afin de ne pas se rendre suspects, comme le capitaine eut observé que la porte qui suivoit étoit marquée de la même marque et au même endroit, il le fit remarquer à son conducteur, et il lui demanda si c’étoit celle-ci ou la première? Le conducteur demeura confus, et il ne sut que répondre, encore moins quand il eut vu avec le capitaine que les quatre ou cinq portes qui suivoient, avoient aussi la même marque. Il assura au capitaine, avec serment, qu’il n’en avoit marqué qu’une.
« Je ne sais, ajouta-t-il, qui peut avoir marqué les autres avec tant de ressemblance; mais dans cette confusion, j’avoue que je ne peux distinguer laquelle est celle que j’ai marquée. »
English
We'll leave Ali Baba to start enjoying his good luck. Now let's talk about the forty robbers. They came back to their hideout in the forest at the time they had agreed. They were very surprised when they didn't find Cassim's body. They were even more surprised when they saw there were fewer sacks of gold than before.
"If we're not careful," the leader said, "we've been found out, and we're finished. If we don't fix this fast, we'll slowly lose everything. Our ancestors and we worked hard and suffered to collect all this treasure. Here's what we can tell about the harm that's been done to us. The thief we caught knew the secret of how to open the door. We were lucky to show up just as he was about to leave. But he wasn't the only one. Someone else must know it too. The body is gone, and some of our treasure is gone. That proves it. It isn't likely that more than two people knew the secret. We've killed one of them. Now we have to kill the other one the same way. What do you say, men? Don't you agree with me?"
The men thought the leader's plan made a lot of sense. They all agreed with it. They decided they would give up every other job and focus only on this one. They wouldn't stop until they had pulled it off.
"I expected nothing less from brave men like you," the leader said. "But first, one of you has to go into town. It has to be someone bold, smart, and willing to take risks. He'll go without weapons, dressed like a traveler from somewhere else. He has to use every trick he knows to find out if people are talking about the strange death of the man we killed. He got what he deserved. We need to know who he was and which house he lived in. We have to find that out first, so we don't do anything we'll be sorry for. We don't want to give ourselves away. Nobody around here has known about us for a very long time, and it's very important that it stays that way. But whoever volunteers for this job needs a reason to do it well. He must not make a mistake and bring us back false information instead of the truth. That could destroy us. So I'm asking you: don't you think that if he gets it wrong, he should be put to death?"
One of the robbers spoke up before the others could vote. "I accept that," he said. "I'm proud to risk my life by taking on the job. If I fail, at least you'll remember that I wanted to help the group and I wasn't short on courage."
The leader and the others praised him highly. Then he put on a disguise so good that nobody could have guessed who he really was. He left the group and set out at night. He timed it just right, so he got into town as the sun was coming up. He walked to the town square. Only one shop was open there, and it was Baba Mustafa's.
Baba Mustafa was sitting on his stool with his awl in his hand, ready to start work. The robber went up to him and said good morning. He could see that Baba Mustafa was very old. "Sir," he said, "you start work very early. At your age you can't possibly see well yet. And even if it were lighter, I doubt your eyes are good enough to sew."
"Whoever you are," Baba Mustafa answered, "you must not know me. I may look old, but my eyes are still excellent. You'll believe me when I tell you that not long ago I sewed up a dead man in a place that was hardly any lighter than it is right now."
The robber was thrilled. He had only just arrived, and already he had found a man who was telling him, without even being asked, exactly what he had come to find out. He was sure of it.
"A dead man?" he said, acting surprised. He wanted to keep him talking. "Why would anyone sew up a dead man? I guess you mean you sewed the cloth he was buried in."
"No, no," Baba Mustafa said. "I know what I'm saying. You want to get me talking, but you won't find out anything else."
The robber didn't need any more explanation. He was sure he had found what he had come for. He took out a gold coin, put it in Baba Mustafa's hand, and said:
"I'm not trying to find out your secret. Though I promise that if you told me, I wouldn't tell anyone. All I'm asking is for you to do me a favor. Tell me where the house is where you sewed up the dead man, or come and show me."
Baba Mustafa held the gold coin out, ready to give it back. "Even if I wanted to do what you're asking," he said, "I promise you I couldn't. You'll have to trust me. Here's why. Someone took me to a certain spot and covered my eyes. From there I let them lead me to the house. After I did what I was there to do, they brought me back the same way to the same spot. So you see, there's no way I can help you."
"You must at least remember more or less which way they walked you with your eyes covered," the robber said. "Please come with me. I'll cover your eyes at that spot. We'll walk the same way together, with the same turns, as far as you can remember them. Everyone deserves to be paid for their trouble, so here's another gold coin. Come on, do me this favor." As he said this, he put another coin in Baba Mustafa's hand.
The two gold coins were too tempting for Baba Mustafa. He looked at them in his hand for a while without saying anything. He was trying to decide what to do. Finally he pulled his purse out from inside his shirt and put the coins in it. "I can't promise I remember exactly which way they took me," he told the robber. "But since that's what you want, let's go. I'll do my best to remember."
The robber was very pleased when Baba Mustafa stood up. Baba Mustafa didn't lock his shop, since there was nothing valuable in it to lose. He led the robber to the spot where Morgiana had covered his eyes. When they got there, Baba Mustafa said, "This is where they covered my eyes. I was facing the way I am now." The robber had his handkerchief ready. He tied it over Baba Mustafa's eyes. He walked next to him, sometimes leading him and sometimes letting Baba Mustafa lead, until Baba Mustafa stopped.
"I don't think I went any further than this," Baba Mustafa said. And sure enough, he was standing in front of Cassim's house, where Ali Baba was now living. Before taking the handkerchief off Baba Mustafa's eyes, the robber quickly drew a mark on the door with a piece of chalk he had ready. Then he took off the handkerchief and asked Baba Mustafa if he knew who owned the house. Baba Mustafa said he didn't live in that part of town, so he couldn't tell him.
The robber could see he wasn't going to get anything else out of Baba Mustafa. He thanked him for his trouble. He left him and let him go back to his shop. Then he headed back to the forest. He was sure the others would be pleased with him.
A little while after the robber and Baba Mustafa went their separate ways, Morgiana left Ali Baba's house to do an errand. On her way back, she noticed the mark the robber had made on the door. She stopped to take a good look at it.
"What does this mark mean?" she thought. "Does someone want to hurt my master? Or did someone just do it as a joke? Whatever the reason," she thought, "it's smart to be ready for anything."
Right away she got some chalk. The two or three doors on either side looked just the same. So she marked them all in the same place. Then she went back into the house. She didn't say anything about what she had done, not to her master and not to her mistress.
Meanwhile the robber kept going and got back to the forest. He met up with the others early. As soon as he arrived, he told them how well his trip had gone. He made a big deal out of how lucky he had been. Right away he had found a man who told him exactly what he had come to learn. Nobody but that man could have told him. The others were very happy with what they heard. The leader praised him for doing such a fast, careful job. Then he spoke to the whole group. "Men," he said, "we don't have any time to lose. Let's go, with plenty of weapons, but hidden so nobody can tell. We'll go into town separately, one after another, so nobody gets suspicious. We'll meet in the big square. Some of you wait on one side and some on the other. Meanwhile I'll go look at the house with our friend here, who just brought us such good news. Then I'll decide what our best move is."
The men cheered the leader's plan. They were soon ready to go. They left in groups of two and three. They kept a fair distance between groups, and they got into town without anyone getting suspicious. The leader and the man who had come that morning went in last. The man took the leader to the street where he had marked Ali Baba's house. When they got to one of the doors Morgiana had marked, he pointed to it and said that was the one. They kept walking without stopping, so as not to look suspicious. But the leader noticed that the next door had the same mark in the same place. He pointed it out to his guide and asked him which one it was, this one or the first one. The guide was confused and didn't know what to say. He was even more confused when he and the leader saw that the next four or five doors also had the same mark. He swore to the leader that he had marked only one door.
"I don't know who could have marked the others so they look exactly the same," he said. "But with all this confusion, I have to admit I can't tell which one I marked."
The Captain Finds the House
French
Le capitaine qui vit son dessein avorté, se rendit à la grande place, ou il fit dire à ses gens par le premier qu’il rencontra, qu’ils avoient perdu leur peine et fait un voyage inutile, et qu’ils n’avoient d’autre parti à prendre que de reprendre le chemin de leur retraite commune. Il en donna l’exemple, et ils le suivirent tous dans le même ordre qu’ils étoient venus.
Quand la troupe se fut rassemblée dans la forêt, le capitaine leur expliqua la raison pourquoi il les avoit fait revenir. Aussitôt le conducteur fut déclaré digne de mort tout d’une voix, et il s’y condamna lui-même, en reconnoissant qu’il auroit dû prendre mieux ses précautions, et il présenta le col avec fermeté à celui qui se présenta pour lui couper la tête.
Comme il s’agissoit, pour la conservation de la bande, de ne pas laisser sans vengeance le tort qui lui avoit été fait, un autre voleur, qui se promit de mieux réussir que celui qui venoit d’être châtié, se présenta, et demanda en grâce d’être préféré. Il est écouté. Il marche; il corrompt Baba Moustafa, comme le premier l’avoit corrompu, et Baba Moustafa lui fait connoître la maison d’Ali Baba les yeux bandés. Il la marque de rouge dans un endroit moins apparent, en comptant que c’étoit un moyen sûr pour la distinguer d’avec celles qui étoient marquées de blanc.
Mais peu de temps après, Morgiane sortit de la maison comme le jour précédent; et quand elle revint, la marque rouge n’échappa pas à ses yeux clairvoyans. Elle fit le même raisonnement qu’elle avoit fait, et elle ne manqua pas de faire la même marque de crayon rouge aux autres portes voisines et aux mêmes endroits.
Le voleur à son retour vers sa troupe dans la forêt, ne manqua pas de faire valoir la précaution qu’il avoit prise comme infaillible, disoit-il, pour ne pas confondre la maison d’Ali Baba avec les autres. Le capitaine et ses gens croient avec lui que la chose doit réussir. Ils se rendent à la ville dans le même ordre et avec les mêmes soins qu’auparavant, armés aussi de même, prêts à faire le coup qu’ils méditoient; et le capitaine et le voleur, en arrivant, vont à la rue d’Ali Baba; mais ils trouvent la même difficulté que la première fois. Le capitaine en est indigné, et le voleur dans une confusion aussi grande que celui qui l’avoit précédé avec la même commission.
Ainsi le capitaine fut contraint de se retirer encore ce jour-là avec ses gens, aussi peu satisfait que le jour d’auparavant. Le voleur, comme auteur de la méprise, subit pareillement le châtiment auquel il s’étoit soumis volontairement.
» Le capitaine qui vit sa troupe diminuée de deux braves sujets, craignit de la voir diminuer davantage s’il continuoit de s’en rapporter à d’autres pour être informé au vrai de la maison d’Ali Baba. Leur exemple lui fit connoître qu’ils n’étoient propres, tous, qu’à des coups de main et nullement à agir de tête dans les occasions. Il se chargea de la chose lui-même; il vint à la ville, et avec l’aide de Baba Moustafa, qui lui rendit le même service qu’aux deux députés de sa troupe, il ne s’amusa pas à faire aucune marque pour connoître la maison d’Ali Baba; mais il l’examina si bien, non-seulement en la considérant attentivement, mais même en passant et en repassant à diverses fois par-devant, qu’il n’étoit pas possible qu’il s’y méprît.
Le capitaine des voleurs, satisfait de son voyage, et instruit de ce qu’il avoit souhaité, retourna à la forêt; et quand il fut arrivé dans la grotte, où sa troupe l’attendoit: « Camarades, dit-il, rien enfin ne peut plus nous empêcher de prendre une pleine vengeance du dommage qui nous a été fait. Je connois avec certitude la maison du coupable sur qui elle doit tomber; et dans le chemin, j’ai songé aux moyens de la lui faire sentir si adroitement, que personne ne pourra avoir connoissance du lieu de notre retraite, non plus que de notre trésor; car c’est le but que nous devons avoir dans notre entreprise, autrement, au lieu de nous être utile, elle nous seroit funeste. Pour parvenir à ce but, continua le capitaine, voici ce que j’ai imaginé. Quand je vous l’aurai exposé, si quelqu’un sait un expédient meilleur, il pourra le communiquer. »
Alors il leur expliqua de quelle manière il prétendoit s’y comporter; et comme ils lui eurent tous donné leur approbation, il les chargea, en se partageant dans les bourgs et dans les villages d’alentour, et même dans les villes, d’acheter des mulets, jusqu’au nombre de dix-neuf, et trente-huit grands vases de cuir à transporter de l’huile, l’un plein, et les autres vuides.
English
The leader saw that his plan had failed. He went to the big square. He told the first of his men he ran into to pass the word to the others. The message was that they had wasted their effort and made the trip for nothing. There was nothing to do but go back to their hideout. He left first, and they all followed him out in the same order they had come.
When the whole group was back together in the forest, the leader told them why he had made them come back. Right away they all agreed that the guide deserved to die. The guide agreed too. He admitted he should have been more careful. He bravely held out his neck to the man who stepped up to cut off his head.
To keep the gang going, they couldn't let the harm done to them go without revenge. Another robber stepped forward. He was sure he could do better than the one who had just been punished. He begged to be picked for the job. They agreed. He went into town. He paid off Baba Mustafa just like the first man had. With his eyes covered, Baba Mustafa showed him Ali Baba's house. The robber marked it in red, in a spot where it was harder to see. He thought this would be a sure way to tell it apart from the houses marked in white.
But a little later, Morgiana came out of the house, just like the day before. When she came back, her sharp eyes spotted the red mark. She thought it through the same way she had before. She made sure to put the same red chalk mark on the other doors nearby, in the same places.
When the robber got back to the others in the forest, he made a big deal of the extra step he had taken. He said it was a foolproof way to make sure nobody mixed up Ali Baba's house with the others. The leader and his men believed him. They were sure it would work this time. They went into town the same way as before, in the same order and just as carefully. They had the same weapons and were ready to carry out their plan. When they got there, the leader and the robber went to Ali Baba's street. But they ran into the same problem as the first time. The leader was furious. The robber was just as confused as the one who had gone before him on the same job.
So once again that day, the leader had to pull out with his men. He was just as unhappy as the day before. The robber had caused the mistake, so he got the same punishment he had agreed to take.
The leader saw that his gang had lost two brave men. He was afraid he would lose even more if he kept counting on others to find out the truth about Ali Baba's house. Watching those two made him realize that his men were only good for fighting and raids. None of them could think things through when it counted. He decided to do it himself. He went into town. Baba Mustafa helped him the same way he had helped the two men the gang sent before. This time the leader didn't bother marking anything. Instead he studied the house very closely. He looked at it carefully and walked back and forth past it several times. There was no way he could get it wrong.
The leader was happy with his trip. He had found out what he wanted. He went back to the forest. When he reached the cave, where his men were waiting, he said, "Men, now nothing can stop us from getting full revenge for the harm that's been done to us. I know for sure which house belongs to the guilty man who has to pay. On the way back, I thought of a clever way to make him pay. Nobody will be able to find out where we hide or where our treasure is. That's what we have to aim for. Otherwise this plan won't help us, it'll destroy us. So here's how we'll do it," the leader went on. "Once I've explained it, if anyone knows a better way, he can say so."
Then he told them how he planned to go about it. They all said yes. He sent them out in different directions, to the towns and villages around the area and even to the cities. They were to buy nineteen mules and thirty-eight big leather jars for carrying oil. One jar was to be full of oil. The rest were to be empty.
The Oil Merchant
French
En deux ou trois jours de temps, les voleurs eurent fait tout cet amas. Comme les vases vuides étoient un peu étroits par la bouche pour l’exécution de son dessein, le capitaine les fit un peu élargir; et après avoir fait entrer un de ses gens dans chacun avec les armes qu’il avoit jugées nécessaires, en laissant ouvert ce qu’il avoit fait découdre, afin de leur laisser la respiration libre, il les ferma de manière qu’ils paroissoient pleins d’huile; et pour les mieux déguiser, il les frotta par le dehors d’huile, qu’il prit du vase qui en étoit plein.
Les choses ainsi disposées, quand les mulets furent chargés des trente-sept voleurs, sans y comprendre le capitaine, chacun caché dans un des vases, et du vase qui étoit plein d’huile, leur capitaine, comme conducteur, prit le chemin de la ville, dans le temps qu’il avoit résolu, et y arriva à la brune, environ une heure après le coucher du soleil, comme il se l’étoit proposé. Il y entra, et il alla droit à la maison d’Ali Baba, dans le dessein de frapper à la porte, et de demander à y passer la nuit avec ses mulets, sous le bon plaisir du maître. Il n’eut pas la peine de frapper: il trouva Ali Baba à la porte qui prenoit le frais après le soupé. Il fit arrêter ses mulets; et en s’adressant à Ali Baba: « Seigneur, dit-il, j’amène l’huile que vous voyez, de bien loin, pour la vendre demain au marché; et à l’heure qu’il est, je ne sais où aller loger. Si cela ne vous incommode pas, faites-moi le plaisir de me recevoir chez vous pour y passer la nuit: je vous en aurai obligation. »
Quoiqu’Ali Baba eût vu dans la forêt celui qui lui parloit, et même entendu sa voix, comment eût-il pu le reconnoître pour le capitaine des quarante voleurs, sous le déguisement d’un marchand d’huile?
« Vous êtes le bien-venu, lui dit-il, entrez. » Et en disant ces paroles, il lui fit place pour le laisser entrer avec ses mulets, comme il le fit.
En même temps, Ali Baba appela un esclave qu’il avoit, et lui commanda, quand les mulets seroient déchargés, de les mettre non-seulement à couvert dans l’écurie, mais même de leur donner du foin et de l’orge. Il prit aussi la peine d’entrer dans la cuisine, et d’ordonner à Morgiane d’apprêter promptement à souper pour l’hôte qui venoit d’arriver, et de lui préparer un lit dans une chambre.
Ali Baba fit plus: pour faire à son hôte tout l’accueil possible, quand il vit que le capitaine des voleurs avoit déchargé ses mulets, que les mulets avoient été menés dans l’écurie, comme il l’avoit commandé, et qu’il cherchoit une place pour passer la nuit à l’air, il alla le prendre pour le faire entrer dans la salle où il recevoit son monde, en lui disant qu’il ne souffriroit pas qu’il couchât dans la cour. Le capitaine des voleurs s’en excusa fort, sous prétexte de ne vouloir pas être incommode, mais, dans le vrai, pour avoir lieu d’exécuter ce qu’il méditait avec plus de liberté; et il ne céda aux honnêtetés d’Ali Baba qu’après de fortes instances.
Ali Baba, non content de tenir compagnie à celui qui en vouloit à sa vie, jusqu’à ce que Morgiane lui eût servi le soupé, continua de l’entretenir de plusieurs choses qu’il crut pouvoir lui faire plaisir, et il ne le quitta que quand il eut achevé le repas dont il l’avoit régalé.
« Je vous laisse le maître, lui dit-il: vous n’avez qu’à demander toutes les choses dont vous pouvez avoir besoin, il n’y a rien chez moi qui ne soit à votre service. »
Le capitaine des voleurs se leva en même temps qu’Ali Baba, et l’accompagna jusqu’à la porte; et pendant qu’Ali Baba alla dans la cuisine pour parler à Morgiane, il entra dans la cour, sous prétexte d’aller à l’écurie voir si rien ne manquoit à ses mulets.
Ali Baba, après avoir recommandé de nouveau à Morgiane de prendre un grand soin de son hôte, et de ne le laisser manquer de rien: « Morgiane, ajouta-t-il, je t’avertis que demain je vais au bain avant le jour; prends soin que mon linge de bain soit prêt, et de le donner à Abdalla (c’étoit le nom de son esclave), et fais-moi un bon bouillon, pour le prendre à mon retour. »
Après lui avoir donné ces ordres, il se retira pour se coucher.
Le capitaine des voleurs, cependant, à la sortie de l’écurie, alla donner à ses gens l’ordre de ce qu’ils devoient faire. En commençant depuis le premier vase jusqu’au dernier, il dit à chacun:
« Quand je jetterai de petites pierres de la chambre où l’on me loge, ne manquez pas de vous faire ouverture, en fendant le vase depuis le haut jusqu’en bas, avec le couteau dont vous êtes muni, et d’en sortir: aussitôt je serai à vous. »
Le couteau dont il parloit étoit pointu et affilé pour cet usage.
Cela fait, il revint; et comme il se fut présenté à la porte de la cuisine, Morgiane prit de la lumière, et elle le conduisit à la chambre qu’elle lui avoit préparée, où elle le laissa après lui avoir demandé s’il avoit besoin de quelqu’autre chose. Pour ne pas donner de soupçon, il éteignit la lumière peu de temps après, et il se coucha tout habillé, prêt à se lever dès qu’il auroit fait son premier somme.
Morgiane n’oublia pas les ordres d’Ali Baba: elle prépara son linge de bain, elle en charge Abdalla qui n’étoit pas encore allé se coucher, elle met le pot au feu pour le bouillon, et pendant qu’elle écume le pot, la lampe s’éteint. Il n’y avoit plus d’huile dans la maison, et la chandelle y manquoit aussi. Que faire? Elle a besoin cependant de voir clair pour écumer son pot; elle en témoigne sa peine à Abdalla.
« Te voilà bien embarrassée, lui dit Abdalla! Va prendre de l’huile dans un des vases que voilà dans la cour. »
Morgiane remercia Abdalla de l’avis, et pendant qu’il va se coucher près de la chambre d’Ali Baba, pour le suivre au bain, elle prend la cruche à l’huile et elle va dans la cour. Comme elle se fut approchée du premier vase qu’elle rencontra, le voleur qui étoit caché dedans, demanda en parlant bas: « Est-il temps? »
English
It took the robbers two or three days to get everything together. The empty jars had openings that were a bit too narrow for the leader's plan, so he had them made a little wider. He put one of his men inside each jar, with the weapons he thought they would need. He left open the part he had had cut apart, so they could breathe easily. He closed the jars up so they looked like they were full of oil. To make them look even more real, he took oil from the full jar and rubbed it on the outside of the others.
Once everything was ready, the mules were loaded with the thirty-seven robbers, each one hidden in a jar. That didn't count the leader. The mules also carried the jar that was full of oil. The leader acted as the driver. He set off for town at the time he had planned. He got there when it was getting dark, about an hour after the sun went down, just as he had meant to. He went into town and headed straight for Ali Baba's house. He planned to knock on the door and ask if he and his mules could stay the night, if the owner would allow it. He didn't need to knock. Ali Baba was standing in the doorway, enjoying the cool evening air after dinner. The leader stopped his mules. He said to Ali Baba, "Sir, I've brought this oil from a long way away. I'm going to sell it at the market tomorrow. It's late now, and I don't know where to stay. If it's not too much trouble, would you be kind enough to let me spend the night at your house? I'd be very grateful."
Ali Baba had seen this man in the forest and had even heard his voice. But the man was dressed as an oil seller. How could Ali Baba have recognized him as the leader of the forty robbers?
"You're very welcome," he told him. "Come in." As he said this, he stepped aside to let him in with his mules, and the man came in.
At the same time, Ali Baba called one of his slaves. He told him to unload the mules and then put them in the stable, out of the weather, and to give them hay and barley too. Ali Baba also went into the kitchen himself. He told Morgiana to make dinner quickly for the guest who had just arrived and to make up a bed for him in one of the rooms.
Ali Baba went even further to make his guest feel welcome. He saw that the robber leader had unloaded his mules and that the mules had been taken to the stable as he had ordered. He saw the man looking for a place to sleep outside. So Ali Baba went and brought him into the room where he entertained visitors. He told him he wouldn't let him sleep in the yard. The robber leader said no many times. He claimed he didn't want to be a bother. The real reason was that he wanted to be freer to carry out his plan. He only gave in to Ali Baba's kindness after Ali Baba insisted and insisted.
Ali Baba stayed with the man who wanted to kill him until Morgiana brought in dinner. And that wasn't all. He kept chatting with him about different things he thought the man would enjoy. He didn't leave him until he had finished the meal Ali Baba had served him.
"Make yourself at home," he told him. "If you need anything, just ask. Everything in my house is yours to use."
The robber leader stood up when Ali Baba did and walked with him to the door. Ali Baba went into the kitchen to talk to Morgiana. Meanwhile the leader went into the yard. He said he was going to the stable to check that his mules had everything they needed.
Ali Baba told Morgiana again to take very good care of his guest and to make sure he had everything he needed. Then he added, "Morgiana, I want you to know that tomorrow I'm going to the baths before sunrise. Make sure my bath towels are ready, and give them to Abdalla." That was his slave's name. "And make me a good soup to have when I get back."
After he gave her these instructions, he went off to bed.
Meanwhile, the robber leader came out of the stable and went to tell his men what to do. He started with the first jar and went all the way to the last. He said to each man:
"When I throw some small stones out of the room where they've put me, cut yourself a way out. Slit the jar from top to bottom with the knife you've got, and get out. I'll be right there with you."
The knife he meant was pointed and sharpened just for this.
When he was done, he came back. He went to the kitchen door. Morgiana picked up a lamp and took him to the room she had gotten ready for him. She asked if he needed anything else and then left him. So nobody would get suspicious, he put out the light a little later. He lay down with all his clothes on, ready to get up as soon as he had had a first short sleep.
Morgiana remembered what Ali Baba had told her. She got his bath towels ready and gave them to Abdalla, who hadn't gone to bed yet. She put the pot on the fire to make the soup. While she was skimming the top of the pot, the lamp went out. There was no oil left in the house, and no candles either. What could she do? She had to be able to see to skim the pot. She told Abdalla about her problem.
"Look at you, all worried!" Abdalla said. "Go get some oil out of one of those jars in the yard."
Morgiana thanked Abdalla for the idea. He went to sleep near Ali Baba's room, so he could go with him to the baths. She took the oil jug and went out into the yard. She went up to the first jar she came to. The robber hiding inside it whispered, "Is it time?"
The Jars of Oil
French
Quoique le voleur eût parlé bas, Morgiane néanmoins fut frappée de la voix d’autant plus facilement, que le capitaine des voleurs, dès qu’il eut déchargé ses mulets, avoit ouvert, non-seulement ce vase, mais même tous les autres, pour donner de l’air à ses gens, qui d’ailleurs y étoient fort mal à leur aise, sans y être cependant privés de la facilité de respirer.
Toute autre esclave que Morgiane, aussi surprise qu’elle le fut, en trouvant un homme dans un vase, au lieu d’y trouver de l’huile qu’elle cherchoit, eût fait un vacarme capable de causer de grands malheurs. Mais Morgiane étoit au-dessus de ses semblables: elle comprit en un instant l’importance de garder ce secret, le danger pressant où se trouvoit Ali Baba et sa famille, et où elle se trouvoit elle-même, et la nécessité d’y apporter promptement le remède, sans faire d’éclat; et par sa capacité elle en pénétra d’abord les moyens. Elle rentra donc en elle-même dans le moment, et sans faire paroître aucune émotion, en prenant la place du capitaine des voleurs, elle répondit à la demande, et elle dit: « Pas encore, mais bientôt. » Elle s’approcha du vase qui suivoit, et la même demande lui fut faite, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’elle arriva au dernier qui étoit plein d’huile; et, à la même demande, elle donna la même réponse.
Morgiane connut par-là que son maître Ali Baba, qui avoit cru ne donner à loger chez lui qu’à un marchand d’huile, y avoit donné entrée à trente-huit voleurs, en y comprenant le faux marchand leur capitaine. Elle remplit en diligence sa cruche d’huile, qu’elle prit du dernier vase; elle revint dans sa cuisine, où après avoir mis de l’huile dans la lampe et l’avoir ralumée, elle prend une grande chaudière, elle retourne à la cour où elle l’emplit de l’huile du vase. Elle la rapporte, la met sur le feu, et met dessous force bois, parce que plutôt l’huile bouillira, plutôt elle aura exécuté ce qui doit contribuer au salut commun de la maison, qui ne demande pas de retardement. L’huile bout enfin, elle prend la chaudière, et elle va verser dans chaque vase assez d’huile toute bouillante, depuis le premier jusqu’au dernier, pour les étouffer et leur ôter la vie, comme elle la leur ôta.
Cette action digne du courage de Morgiane, exécutée sans bruit, comme elle l’avoit projeté, elle revient dans la cuisine avec la chaudière vuide, et ferme la porte. Elle éteint le grand feu qu’elle avoit allumé, et elle n’en laisse qu’autant qu’il en faut pour achever de faire cuire le pot du bouillon d’Ali Baba. Ensuite elle souffle la lampe, et elle demeure dans un grand silence, résolue à ne pas se coucher qu’elle n’eût observé ce qui arriveroit, par une fenêtre de la cuisine qui donnoit sur la cour, autant que l’obscurité de la nuit pouvoit le permettre.
Il n’y avoit pas encore un quart d’heure que Morgiane attendoit, quand le capitaine des voleurs s’éveilla. Il se lève, il regarde par la fenêtre qu’il ouvre; et comme il n’aperçoit aucune lumière et qu’il voit régner un grand repos et un profond silence dans la maison, il donne le signal en jetant de petites pierres, dont plusieurs tombèrent sur les vases, comme il n’en douta point par le son qui lui en vint aux oreilles. Il prête l’oreille, et n’entend ni n’aperçoit rien qui lui fasse connoître que ses gens se mettent en mouvement. Il en est inquiet: il jette de petites pierres une seconde et une troisième fois. Elles tombent sur les vases, et cependant pas un des voleurs ne donne le moindre signe de vie, et il n’en peut comprendre la raison. Il descend dans la cour tout alarmé, avec le moins de bruit qu’il lui est possible; il approche de même du premier vase, et quand il veut demander au voleur, qu’il croit vivant, s’il dort, il sent une odeur d’huile chaude et de brûlé, qui exhale du vase, par où il connoît que son entreprise contre Ali Baba, pour lui ôter la vie et pour piller sa maison, et pour emporter s’il pouvoit l’or qu’il avoit enlevé à sa communauté, étoit échouée. Il passe au vase qui suivoit, et à tous les autres l’un après l’autre, et il trouve que ses gens avoient péri par le même sort; et par la diminution de l’huile dans le vase qu’il avoit apporté plein, il connut la manière dont on s’y étoit pris pour le priver du secours qu’il en attendoit. Au désespoir d’avoir manqué son coup, il enfila la porte du jardin d’Ali Baba, qui donnoit dans la cour, et de jardin en jardin, en passant par-dessus les murs, il se sauva.
Quand Morgiane n’entendit plus de bruit et qu’elle ne vit pas revenir le capitaine des voleurs, après avoir attendu quelque temps, elle ne douta pas du parti qu’il avoit pris, plutôt que de chercher à se sauver par la porte de la maison, qui étoit fermée à double tour. Satisfaite et dans une grande joie d’avoir si bien réussi à mettre toute la maison en sûreté, elle se coucha enfin, et elle s’endormit.
English
The robber had whispered, but Morgiana still noticed his voice right away. That was easy, because as soon as the robber leader had unloaded his mules, he had opened this jar and all the others to let his men get some air. They were very uncomfortable in there, but they could still breathe.
Any other slave would have been just as shocked as Morgiana to find a man in a jar instead of the oil she wanted. Anyone else would have screamed and made a scene, and that could have led to disaster. But Morgiana was better than most people. In a moment she understood several things. It was important to keep this quiet. Ali Baba and his family were in serious danger, and so was she. And she had to fix things fast without making a fuss. Because she was so capable, she figured out how to do it right away. So she calmed herself at once. Without showing any feeling at all, she pretended to be the robber leader. She answered the question: "Not yet, but soon." She went to the next jar. The man inside asked her the same thing. It went on like that until she got to the last jar, the one that was full of oil. Each time she heard the same question, she gave the same answer.
That's how Morgiana found out what was going on. Her master Ali Baba thought he had let an oil seller stay at his house. In fact he had let in thirty-eight robbers, if you count their leader, the fake oil seller. She quickly filled her jug with oil from the last jar. She went back to the kitchen. She put oil in the lamp and lit it again. Then she took a big pot, went back out to the yard, and filled it with oil from the jar. She carried it back and put it on the fire. She put a lot of wood under it, because the sooner the oil boiled, the sooner she could do what had to be done to save the whole household. There was no time to waste. Finally the oil boiled. She picked up the pot and went from jar to jar, from the first to the last. Into each one she poured enough boiling oil to smother the man inside and kill him. And that is what she did.
It took great courage, and she did it without making a sound, just as she had planned. Then she went back into the kitchen with the empty pot and shut the door. She put out the big fire she had built. She left only enough to finish cooking Ali Baba's soup. Then she blew out the lamp and stayed completely quiet. She had decided not to go to bed until she saw what would happen next. She watched through a kitchen window that looked out on the yard, as well as she could in the dark.
Morgiana hadn't been waiting fifteen minutes when the robber leader woke up. He got up, opened his window, and looked out. There were no lights, and the whole house was calm and very quiet. So he gave the signal. He threw some small stones, and several of them hit the jars. He could tell by the sound. He listened, but he didn't hear anything, or see anything, that told him his men were moving. That worried him. He threw more small stones, a second time and a third time. They hit the jars, but none of the robbers showed any sign of life. He couldn't understand why. He was very alarmed now. He went down into the yard, making as little noise as he could. He crept up to the first jar the same way. He was about to ask the robber inside, whom he thought was alive, if he had fallen asleep. Then he smelled hot oil and something burned coming out of the jar. That told him his plan had failed. He had wanted to kill Ali Baba, rob his house, and, if he could, take back the gold Ali Baba had taken from the gang. He went to the next jar, and then to all the others, one after another. He found that all his men had died the same way. He saw that the oil in the jar he had brought in full had gone down, and he understood how someone had cut him off from the help he was counting on. He was desperate at having failed. He slipped out through the door that led from the yard into Ali Baba's garden. From there he climbed over walls from one garden to the next and got away.
Morgiana waited a while. She didn't hear any more noise, and the robber leader didn't come back. She was sure he had gone out through the garden. He wouldn't have tried the front door of the house, because it was locked twice over. She was very happy and relieved that she had managed to make the whole house safe. Finally she went to bed and fell asleep.
Morgiana Tells Her Master
French
Ali Baba cependant sortit avant le jour, et alla au bain suivi de son esclave, sans rien savoir de l’événement étonnant qui étoit arrivé chez lui pendant qu’il dormoit, au sujet duquel Morgiane n’avoit pas jugé à propos de l’éveiller, avec d’autant plus de raison, qu’elle n’avoit pas de temps à perdre dans le temps du danger, et qu’il étoit inutile de troubler son repos, après qu’elle l’eut détourné.
Lorsqu’il revint des bains, et qu’il rentra chez lui, le soleil étoit levé. Ali Baba fut si surpris de voir encore les vases d’huile dans leur place, et que le marchand ne se fût pas rendu au marché avec ses mulets, qu’il en demanda la raison à Morgiane qui lui étoit venue ouvrir, et qui avoit laissé toutes choses dans l’état où il les voyoit, pour lui en donner le spectacle, et lui expliquer plus sensiblement ce qu’elle avoit fait pour sa conservation.
« Mon bon maître, dit Morgiane en répondant à Ali Baba, Dieu vous conserve, vous et toute votre maison! Vous apprendrez mieux ce que vous desirez de savoir, quand vous aurez vu ce que j’ai à vous faire voir: prenez la peine de venir avec moi. »
Ali Baba suivit Morgiane. Quand elle eut fermé la porte, elle le mena au premier vase: « Regardez dans le vase, lui dit-elle, et voyez s’il y a de l’huile. »
Ali Baba regarda; et comme il eut vu un homme dans le vase, il se retira en arrière tout effrayé, avec un grand cri.
« Ne craignez rien, lui dit Morgiane, l’homme que vous voyez ne vous fera pas de mal; il en a fait, mais il n’est plus en état d’en faire, ni à vous, ni à personne: il n’a plus de vie. »
« Morgiane, s’écria Ali Baba, que veut dire ce que tu viens de me faire voir? Explique-le-moi. »
« Je vous l’expliquerai, dit Morgiane; mais modérez votre étonnement, et n’éveillez pas la curiosité des voisins d’avoir connoissance d’une chose qu’il est très-important que vous teniez cachée. Voyez auparavant tous les autres vases. »
Ali Baba regarda dans les autres vases l’un après l’autre, depuis le premier jusqu’au dernier ou il y avoit de l’huile, dont il remarqua que l’huile étoit notablement diminuée; et quand il eut fait, il demeura comme immobile, tantôt en jetant les yeux sur les vases, tantôt en regardant Morgiane, sans dire mot, tant la surprise où il étoit étoit grande! À la fin, comme si la parole lui fut revenue: « Et le marchand, demanda-t-il, qu’est-il devenu? »
«Le marchand, répondit Morgiane, est aussi peu marchand que je suis marchande. Je vous dirai qui il est, et ce qu’il est devenu. Mais vous apprendrez toute l’histoire plus commodément dans votre chambre; car il est temps, pour le bien de votre santé, que vous preniez un bouillon après être sorti du bain. »
Pendant qu’Ali Baba se rendit dans sa chambre, Morgiane alla à la cuisine prendre le bouillon; elle le lui apporta, et avant de le prendre, Ali Baba lui dit:
« Commence toujours à satisfaire l’impatience où je suis, et raconte-moi une histoire si étrange, avec toutes ses circonstances. »
Morgiane, pour obéir à Ali Baba, lui dit:
« Seigneur, hier au soir, quand vous vous fûtes retiré pour vous coucher, je préparai votre linge de bain, comme vous veniez de me le commander, et j’en chargeai Abdalla. Ensuite je mis le pot au feu pour le bouillon; et comme je l’écumois, la lampe, faute d’huile, s’éteignit tout-à-coup, et il n’y en avoit pas une goutte dans la cruche. Je cherchai quelques bouts de chandelle, et je n’en trouvai pas un. Abdalla, qui me vit embarrassée, me fit souvenir des vases pleins d’huile qui étoient dans la cour, comme il n’en doutoit pas non plus que moi, et comme vous l’avez cru vous-même. Je pris la cruche et je courus au vase le plus voisin. Mais comme je fus près du vase, il en sortit une voix qui me demanda: « Est-il temps? » Je ne m’effrayai pas; mais en comprenant sur le champ la malice du faux marchand, je répondis sans hésiter: « Pas encore, mais bientôt. » Je passai au vase qui suivoit; et une autre voix me fit la même demande, à laquelle je répondis de même. J’allai aux autres vases l’un après l’autre: à pareille demande, pareille réponse, et je ne trouvai de l’huile que dans le dernier vase, dont j’emplis la cruche. Quand j’eus considéré qu’il y avoit trente-sept voleurs au milieu de votre cour, qui n’attendoient que le signal ou que le commandement de leur chef, que vous avez pris pour un marchand, et à qui vous aviez fait un si grand accueil, au point de mettre toute la maison en combustion, je ne perdis pas de temps, je rapportai la cruche, j’allumai la lampe; et après avoir pris la chaudière la plus grande de la cuisine, j’allai l’emplir d’huile. Je la mis sur le feu, et quand elle fut bien bouillante, j’en allai verser dans chaque vase où étoient les voleurs, autant qu’il en fallut pour les empêcher tous d’exécuter le pernicieux dessein qui les avoit amenés. La chose ainsi terminée de la manière que je l’avois méditée, je revins dans la cuisine, j’éteignis la lampe; et avant que je me couchasse, je me mis à examiner tranquillement par la fenêtre quel parti prendroit le faux marchand d’huile. Au bout de quelque temps, j’entendis que pour signal il jeta de sa fenêtre de petites pierres qui tombèrent sur les vases. Il en jeta une seconde et une troisième fois; et comme il n’aperçut ou n’entendit aucun mouvement, il descendit; et je le vis aller de vase en vase jusqu’au dernier; après quoi l’obscurité de la nuit fit que je le perdis de vue. J’observai encore quelque temps; et comme je vis qu’il ne revenoit pas, je ne doutai pas qu’il ne se fût sauvé par le jardin, désespéré d’avoir si mal réussi. Ainsi, persuadée que la maison étoit en sûreté, je me couchai. »
En achevant, Morgiane ajouta:
« Voilà quelle est l’histoire que vous m’avez demandée, et je suis convaincue que c’est la suite d’une observation que j’avois faite depuis deux ou trois jours, dont je n’avois pas cru devoir vous entretenir, qui est qu’une fois en revenant de la ville de bon matin, j’aperçus que la porte de la rue étoit marquée de blanc, et le jour d’après de rouge, après la marque blanche, et que chaque fois, sans savoir à quel dessein cela pouvoit avoit été fait, j’avois marqué de même et au même endroit, deux ou trois portes de nos voisins, au-dessus et au-dessous. Si vous joignez cela avec ce qui vient d’arriver, vous trouverez que le tout a été machiné par les voleurs de la forêt, dont je ne sais pourquoi la troupe est diminuée de deux. Quoi qu’il en soit, la voilà réduite à trois au plus. Cela fait voir qu’ils avoient juré votre perte, et qu’il est bon que vous vous teniez sur vos gardes, tant qu’il sera certain qu’il en restera quelqu’un au monde. Quant à moi, je n’oublierai rien pour veiller à votre conservation comme j’y suis obligée. »
Quand Morgiane eut achevé, Ali Baba pénétré de la grande obligation qu’il lui avoit, lui dit:
« Je ne mourrai pas que je ne t’aye récompensée, comme tu le mérites. Je te dois la vie; et pour commencer à t’en donner une marque de reconnoissance, je te donne la liberté dès-à-présent, en attendant que j’y mette le comble de la manière que je me le propose. Je suis persuadé avec toi que les quarante voleurs m’ont dressé ces embûches. Dieu m’a délivré par ton moyen. J’espère qu’il continuera de me préserver de leur méchanceté, et qu’en achevant de la détourner de ma tête, il délivrera le monde de leur persécution et de leur engeance maudite. Ce que nous avons à faire, c’est d’enterrer incessamment les corps de cette peste du genre humain, avec un si grand secret, que personne ne puisse rien soupçonner de leur destinée; et c’est à quoi je vais travailler avec Abdalla. »
English
Meanwhile, before sunrise, Ali Baba went out to the baths with his slave. He had no idea about the amazing thing that had happened in his house while he was asleep. Morgiana hadn't thought it was a good idea to wake him. She had good reasons. While the danger was going on, she had no time to lose. And once she had stopped it, there was no point in disturbing his sleep.
By the time he came back from the baths and got home, the sun was up. Ali Baba was very surprised to see the oil jars still in the same place. The oil seller hadn't gone to the market with his mules. Morgiana had come to open the door for him, so he asked her why. She had left everything the way he found it on purpose. She wanted him to see it for himself so she could explain more clearly what she had done to save him.
"My good master," Morgiana answered, "may God protect you and everyone in your house! You'll understand what you want to know much better once you've seen what I have to show you. Please come with me."
Ali Baba followed Morgiana. She shut the door and took him to the first jar. "Look inside the jar," she said, "and see if there's any oil in it."
Ali Baba looked. When he saw a man in the jar, he jumped back, terrified, and let out a loud cry.
"Don't be scared," Morgiana told him. "The man you see won't hurt you. He's done harm before, but he can't do any more, to you or to anybody. He's dead."
"Morgiana," Ali Baba cried, "what is this you've just shown me? Explain it to me."
"I'll explain," Morgiana said. "But try not to look so shocked. You don't want the neighbors getting curious and finding out about something that it's very important to keep hidden. First, go look at all the other jars."
Ali Baba looked into the other jars, one after another, from the first to the last, the one that held oil. He noticed that there was a lot less oil in it. When he was done, he just stood there, as if he couldn't move. He looked at the jars, then at Morgiana, then back again, without saying a word. He was that surprised. Finally, as if he had found his voice again, he asked, "And the oil seller? What happened to him?"
"The oil seller," Morgiana answered, "is no more an oil seller than I am. I'll tell you who he is and what happened to him. But it'll be easier to hear the whole story in your room. After a bath, it's time for you to have some soup. It's good for your health."
Ali Baba went to his room, and Morgiana went to the kitchen to get the soup. She brought it to him. Before he ate it, Ali Baba said:
"Start right now. I can't wait. Tell me this strange story, with every detail."
Morgiana did as he asked. She said:
"Sir, last night, after you went to bed, I got your bath towels ready, like you told me, and gave them to Abdalla. Then I put the pot on the fire for your soup. While I was skimming it, the lamp suddenly went out because it had run out of oil. There wasn't a drop left in the oil jug. I looked for some candle stubs and couldn't find a single one. Abdalla saw that I didn't know what to do. He reminded me about the jars full of oil in the yard. He was sure they had oil in them, the same as I was and the same as you were. I took the jug and hurried to the closest jar. When I got near it, a voice came out of it and asked me, 'Is it time?' I didn't panic. Right away I understood the fake oil seller's evil trick. I answered without stopping to think, 'Not yet, but soon.' I went to the next jar. Another voice asked me the same thing, and I gave the same answer. I went to the other jars, one after another. Every time I got the same question, and every time I gave the same answer. The only jar with oil in it was the last one, and I filled the jug from it. I realized that there were thirty-seven robbers in the middle of your yard. They were only waiting for the signal or the order from their leader. You thought he was an oil seller, and you had been so welcoming to him. They were going to turn the whole house upside down. I didn't waste any time. I took the jug back and lit the lamp. I took the biggest pot in the kitchen and went and filled it with oil. I put it on the fire. When it was boiling hard, I went and poured it into every jar that had a robber in it. I poured in as much as it took to stop all of them from carrying out the evil plan that had brought them here. Once it was done the way I had planned, I came back into the kitchen and put out the lamp. Before I went to bed, I watched quietly from the window to see what the fake oil seller would do. After a while I heard him throw small stones from his window as a signal. They landed on the jars. He threw some a second time and a third time. When he didn't see or hear anything move, he came down. I saw him go from jar to jar, all the way to the last one. Then it was too dark and I couldn't see him anymore. I kept watching for a little longer. When I saw he wasn't coming back, I was sure he had gotten away through the garden. He must have been desperate at how badly it had gone for him. So I was sure the house was safe, and I went to bed."
When she finished, Morgiana added:
"That's the story you asked for. I'm sure it has to do with something I noticed two or three days ago. I didn't think I needed to bother you about it. One morning I was coming back early from town, and I saw that the door to our house had a white mark on it. The next day it had a red mark next to the white one. Both times I didn't know why anyone would do that, so I made the same mark in the same place on two or three of our neighbors' doors on either side. If you put that together with what just happened, you'll see that the robbers from the forest planned the whole thing. There are two fewer of them than before. I don't know why. Anyway, now there are three of them left at the very most. It shows they had sworn to kill you. You should stay on guard as long as you know for sure that any of them are still alive. As for me, I'll do everything I can to keep you safe. It's my duty."
When Morgiana finished, Ali Baba felt how much he owed her. He said:
"I won't die before I've rewarded you the way you deserve. I owe you my life. To start showing you how grateful I am, I'm setting you free, starting right now. Later I'll add to it in the way I have in mind. I agree with you. The forty robbers set this trap for me. God saved me through you. I hope he'll keep protecting me from their evil. I hope he'll turn it away from me completely and free the world from these cursed people and the harm they do. What we have to do now is bury the bodies of these monsters right away. We have to do it so secretly that nobody can guess what happened to them. I'm going to take care of that with Abdalla."
Cogia Hussain
French
Le jardin d’Ali Baba étoit d’une grande longueur, terminé par de grands arbres. Sans différer, il alla sous ces arbres avec son esclave, creuser une fosse longue et large à proportion des corps qu’ils avoient à y enterrer. Le terrain étoit aisé à remuer, et ils ne mirent pas un long-temps à l’achever. Ils tirèrent les corps hors des vases, et ils mirent à part les armes dont les voleurs s’étoient munis. Ils transportèrent ces corps au bout du jardin, et ils les arrangèrent dans la fosse; et après les avoir couverts de la terre qu’ils en avoient tirée, ils dispersèrent ce qui en restoit aux environs, de manière que le terrain parut égal comme auparavant. Ali Baba fit cacher soigneusement les vases à l’huile et les armes; et quant aux mulets, dont il n’avoit pas besoin pour lors, il les envoya au marché à différentes fois, où il les fit vendre par son esclave.
Pendant qu’Ali Baba prenoit toutes ces mesures pour ôter à la connoissance du public par quel moyen il étoit devenu riche en peu de temps, le capitaine des quarante voleurs étoit retourné à la forêt avec une mortification inconcevable; et dans l’agitation, ou plutôt dans la confusion où il étoit d’un succès si malheureux et si contraire à ce qu’il s’étoit promis, il étoit rentré dans la grotte, sans avoir pu s’arrêter à aucune résolution dans le chemin sur ce qu’il devoit faire ou ne pas faire à Ali Baba.
La solitude où il se trouva dans cette sombre demeure, lui parut affreuse.
« Braves gens, s’écria-t-il, compagnons de mes veilles, de mes courses et de mes travaux, où êtes-vous? Que puis-je faire sans vous? Vous avois-je assemblés et choisis pour vous voir périr tous à la fois par une destinée si fatale et si indigne de votre courage? Je vous regretterois moins si vous étiez morts le sabre à la main en vaillans hommes. Quand aurai-je fait une autre troupe de gens de main comme vous? Et quand je le voudrois, pourrois-je l’entreprendre, et ne pas exposer tant d’or, tant d’argent, tant de richesses à la proie de celui qui s’est déjà enrichi d’une partie? Je ne puis et je ne dois y songer, qu’auparavant je ne lui aie ôté la vie. Ce que je n’ai pu faire avec un secours si puissant, je le ferai moi seul; et quand j’aurai pourvu de la sorte à ce que ce trésor ne soit plus exposé au pillage, je travaillerai à faire en sorte qu’il ne demeure ni sans successeurs ni sans maître après moi, qu’il se conserve et qu’il s’augmente dans toute la postérité. »
Cette résolution prise, il ne fut pas embarrassé à chercher les moyens de l’exécuter; et alors plein d’espérance, et l’esprit tranquille, il s’endormit, et passa la nuit assez paisiblement.
Le lendemain, le capitaine des voleurs éveillé de grand matin, comme il se l’étoit proposé, prit un habit fort propre, conformément au dessein qu’il avoit médité, et il vint à la ville, où il prit un logement dans un khan; et comme il s’attendoit que ce qui s’étoit passé chez Ali Baba, pouvoit avoir fait de l’éclat, il demanda au concierge, par manière d’entretien, s’il y avoit quelque chose de nouveau dans la ville, sur quoi le concierge parla de toute autre chose que de ce qu’il lui importoit de savoir. Il jugea de là que la raison pourquoi Ali Baba gardoit un si grand secret, venoit de ce qu’il ne vouloit pas que la connoissance qu’il avoit du trésor, et du moyen d’y entrer, fût divulguée, et de ce qu’il n’ignoroit pas que c’étoit pour ce sujet qu’on en vouloit à sa vie. Cela l’anima davantage à ne rien négliger pour se défaire de lui par la même voie du secret.
Le capitaine des voleurs se pourvut d’un cheval, dont il se servit pour transporter à son logement plusieurs sortes de riches étoffes et de toiles fines, en faisant plusieurs voyages à la forêt avec les précautions nécessaires pour cacher le lieu où il les alloit prendre. Pour débiter ces marchandises, quand il en eut amassé ce qu’il avoit jugé à propos, il chercha une boutique. Il en trouva une; et après l’avoir prise à louage du propriétaire, il la garnit, et il s’y établit. La boutique qui se trouva vis-à-vis de la sienne, étoit celle qui avoit appartenu à Cassim, et qui étoit occupée par le fils d’Ali Baba, il n’y avoit pas long-temps.
Le capitaine des voleurs qui avoit pris le nom de Cogia Houssain, comme nouveau venu, ne manqua pas de faire civilité aux marchands ses voisins, selon la coutume. Mais comme le fils d’Ali Baba étoit jeune, bien fait, qu’il ne manquoit pas d’esprit, et qu’il avoit occasion plus souvent de lui parler et de s’entretenir avec lui qu’avec les autres, il eut bientôt fait amitié avec lui. Il s’attacha même à le cultiver plus fortement et plus assidûment, quand trois ou quatre jours après son établissement, il eut reconnu Ali Baba qui vint voir son fils, qui s’arrêta à s’entretenir avec lui, comme il avoit coutume de le faire de temps en temps, et qu’il eut appris du fils, après qu’Ali Baba l’eut quitté, que c’étoit son père. Il augmenta ses empressemens auprès de lui, il le caressa, il lui fit de petits présens, il le régala même, et il lui donna plusieurs fois à manger.
Le fils d’Ali Baba ne voulut pas avoir tant d’obligation à Cogia Houssain sans lui rendre la pareille. Mais il étoit logé étroitement, et il n’avoit pas la même commodité que lui pour le régaler comme il le souhaitoit. Il parla de son dessein à Ali Baba son père, en lui faisant remarquer qu’il ne seroit pas séant qu’il demeurât plus long-temps sans reconnoître les honnêtetés de Cogia Houssain.
Ali Baba se chargea du régal avec plaisir.
« Mon fils, dit-il, il est demain vendredi; comme c’est un jour que les gros marchands, comme Cogia Houssain et comme vous, tiennent leurs boutiques fermées, faites avec lui une partie de promenade pour l’après-dînée, et en revenant faites en sorte que vous le fassiez passer par chez moi et que vous le fassiez entrer. Il sera mieux que la chose se fasse de la sorte, que si vous l’invitiez dans les formes. Je vais ordonner à Morgiane de faire le soupé, et de le tenir prêt. »
Le vendredi, le fils d’Ali Baba et Cogia Houssain se trouvèrent l’après-dîné au rendez-vous qu’ils s’étoient donné, et ils firent leur promenade. En revenant, comme le fils d’Ali Baba avoit affecté de faire passer Cogia Houssain par la rue où demeuroit son père, quand ils furent arrivés devant la porte de la maison, il l’arrêta, et en frappant: « C’est, lui dit-il, la maison de mon père, lequel sur le récit que je lui ai fait de l’amitié dont vous m’honorez, m’a chargé de lui procurer l’honneur de votre connoissance. Je vous prie d’ajouter ce plaisir à tous les autres dont je vous suis redevable. »
Quoique Cogia Houssain fût arrivé au but qu’il s’étoit proposé, qui étoit d’avoir entrée chez Ali Baba, et de lui ôter la vie, sans hasarder la sienne, en ne faisant pas d’éclat, il ne laissa pas néanmoins de s’excuser, et de faire semblant de prendre congé du fils; mais comme l’esclave d’Ali Baba venoit d’ouvrir, le fils le prit obligeamment par la main, et en entrant le premier, il le tira et le força en quelque manière d’entrer, comme malgré lui.
Ali Baba reçut Cogia Houssain avec un visage ouvert, et avec le bon accueil qu’il pouvoit souhaiter. Il le remercia des bontés qu’il avoit pour son fils. « L’obligation qu’il vous en a, et que je vous en ai moi-même, ajouta-t-il, est d’autant plus grande, que c’est un jeune homme qui n’a pas encore l’usage du monde, et que vous ne dédaignez pas de contribuer à le former. »
Cogia Houssain rendit compliment pour compliment à Ali Baba, en lui assurant que si son fils n’avoit pas encore acquis l’expérience de certains vieillards, il avoit un bon sens qui lui tenoit lieu de l’expérience d’une infinité d’autres.
Après un entretien de peu de durée sur d’autres sujets indifférens, Cogia Houssain voulut prendre congé. Ali Baba l’arrêta.
« Seigneur, dit-il, où voulez-vous aller? Je vous prie de me faire l’honneur de souper avec moi. Le repas que je veux vous donner est beaucoup au-dessous de ce que vous méritez; mais, tel qu’il est, j’espère que vous l’agréerez d’aussi bon cœur que j’ai intention de vous le donner. »
« Seigneur Ali Baba, reprit Cogia Houssain, je suis très-persuadé de votre bon cœur; et si je vous demande en grâce de ne pas trouver mauvais que je me retire sans accepter l’offre obligeante que vous me faites, je vous supplie de croire que je ne le fais ni par mépris, ni par incivilité, mais parce que j’en ai une raison que vous approuveriez si elle vous étoit connue. »
« Et quelle peut être cette raison, Seigneur, reprit Ali Baba? Peut-on vous la demander? »
« Je puis la dire, répliqua Cogia Houssain: c’est que je ne mange ni viande, ni ragoût où il y ait du sel; jugez vous-même de la contenance que je ferois à votre table. »
« Si vous n’avez que cette raison, insista Ali Baba, elle ne doit pas me priver de l’honneur de vous posséder à souper, à moins que vous ne le vouliez autrement. Premièrement, il n’y a pas de sel dans le pain que l’on mange chez moi; et quant à la viande et aux ragoûts, je vous promets qu’il n’y en aura pas dans ce qui sera servi devant vous, je vais y donner ordre. Ainsi faites-moi la grâce de demeurer, je reviens à vous dans un moment. »
Ali Baba alla à la cuisine, et il ordonna à Morgiane de ne pas mettre du sel sur la viande qu’elle avoit à servir, et de préparer promptement deux ou trois ragoûts, entre ceux qu’il lui avoit commandés, où il n’y eût pas de sel.
Morgiane qui étoit prête à servir, ne put s’empêcher de témoigner son mécontentement sur ce nouvel ordre, et de s’en expliquer à Ali Baba.
« Qui est donc, dit-elle, cet homme si difficile qui ne mange pas de sel? Votre soupé ne sera plus bon à manger si je le sers plus tard. »
« Ne te fâche pas, Morgiane, reprit Ali Baba, c’est un honnête homme. Fais ce que je te dis. »
Morgiane obéit, mais à contre-cœur. Elle eut la curiosité de connoître cet homme qui ne mangeoit pas de sel. Quand elle eut achevé, et qu’Abdalla eut préparé la table, elle l’aida à porter les plats. En regardant Cogia Houssain, elle le reconnut d’abord pour le capitaine des voleurs, malgré son déguisement; et en l’examinant avec attention, elle aperçut qu’il avoit un poignard caché sous son habit.
« Je ne m’étonne plus, dit-elle en elle-même, que le scélérat ne veuille pas manger de sel avec mon maître: c’est son plus fier ennemi, il veut l’assassiner; mais je l’en empêcherai. »
English
Ali Baba's garden was very long. At the far end there was a row of tall trees. Ali Baba didn't wait. He went under those trees with his slave and dug a pit big enough for all the bodies they had to bury. The soil was easy to dig, so it didn't take long. They pulled the bodies out of the jars and put aside the robbers' weapons. They carried the bodies to the end of the garden and laid them in the pit. They covered them with the dirt they had dug out and spread the leftover dirt around so the ground looked flat, the same as before. Ali Baba had the oil jars and the weapons carefully hidden. He didn't need the mules right then. So he sent them to market a few at a time and had his slave sell them.
While Ali Baba was doing all this to make sure nobody found out how he had gotten rich so fast, the robber leader had gone back to the forest. He felt more humiliated than anyone can imagine. Things had gone so badly, the exact opposite of what he had expected. He was upset and confused. He went back into the cave, and the whole way there he couldn't decide what he should or shouldn't do about Ali Baba.
Being all alone in that dark place felt terrible to him.
"My brave men," he cried out, "you stayed up nights with me, rode out with me, and worked with me. Where are you? What can I do without you? Did I bring you together and pick you just to watch you all die at once, in such a terrible way? You were too brave for a death like that. I wouldn't miss you as much if you had died fighting like heroes, swords in your hands. When will I ever find another gang of fighters like you? And even if I wanted to, how could I do it? I'd be leaving all this gold and silver and treasure open to the man who has already made himself rich with some of it. I can't think about that, and I shouldn't, until I've killed him. I couldn't do it with all of you helping me, so I'll do it by myself. Once I've made sure nobody can rob this treasure anymore, I'll make sure that after I'm gone it will still have someone to own it and inherit it. I'll make sure it's kept safe and keeps growing for all the generations to come."
Once he had made up his mind, it wasn't hard for him to figure out how to do it. He felt hopeful and calm. He fell asleep and had a fairly peaceful night.
He woke up very early the next day, as he had planned. He put on some very nice clothes that fit the plan he had made. He went into town and got a room at an inn. He thought what had happened at Ali Baba's house might have caused a lot of talk. So he asked the man who ran the inn, as if he were just chatting, whether there was any news in town. The man talked about everything except what the leader needed to know. This told him why Ali Baba was keeping it all so secret. Ali Baba didn't want anyone to find out that he knew about the treasure and how to get into it. He also knew perfectly well that this was why someone was trying to kill him. That made the leader even more determined to do whatever it took to get rid of him, and just as secretly.
The robber leader got himself a horse. He used it to carry all kinds of expensive fabrics and fine cloth to his room. He made several trips to the forest for them, and he was careful to hide where he was getting them. Once he had collected as much as he thought he needed, he looked for a shop so he could sell it. He found one and rented it from the owner. He filled it with his goods and started working there. The shop right across from his had belonged to Cassim. Ali Baba's son had only been running it for a short time.
The robber leader now called himself Cogia Hussain. Since he was new, he made sure to be polite to the merchants in the nearby shops, as was the custom. Ali Baba's son was young and good-looking, and he was smart. He also had more chances than the others to talk and chat with Cogia Hussain. So Cogia Hussain soon became his friend. Three or four days after opening his shop, Cogia Hussain recognized Ali Baba when he came by to see his son. Ali Baba stopped to talk with him, the way he did every so often. After Ali Baba left, Cogia Hussain found out from the son that this was his father. After that, he worked even harder and more often at the friendship. He went out of his way for him. He was very warm to him, gave him small gifts, treated him, and invited him over for meals several times.
Ali Baba's son didn't want to owe Cogia Hussain so much without paying him back. But he lived in a small place, and he couldn't host him the way he wanted to, the way Cogia Hussain could. He told his father, Ali Baba, what he wanted to do. He said it wouldn't be right to go any longer without returning Cogia Hussain's kindness.
Ali Baba was happy to take care of the dinner.
"Son," he said, "tomorrow is Friday. That's a day when important merchants like you and Cogia Hussain close their shops. Invite him to go for a walk with you in the afternoon. On the way back, make sure you bring him past my house and get him to come inside. That will work better than a formal invitation. I'll tell Morgiana to make dinner and have it ready."
On Friday afternoon Ali Baba's son and Cogia Hussain met where they had planned, and they went for their walk. On the way back, Ali Baba's son made a point of taking Cogia Hussain down the street where his father lived. When they got to the door of the house, he stopped him and knocked. "This is my father's house," he said. "I told him how kind you've been to me, and he asked me to introduce you to him. It would be an honor for him. Please do me this favor too, on top of all the others I already owe you."
This was exactly what Cogia Hussain had been hoping for. He wanted to get into Ali Baba's house and kill him without risking his own life or causing any commotion. But he still made excuses and pretended to say goodbye to the son. Just then, Ali Baba's slave opened the door. The son took Cogia Hussain by the hand in a friendly way and went in first. He pulled him along and more or less made him come in, as if he didn't want to.
Ali Baba greeted Cogia Hussain with a warm smile and gave him the best welcome anyone could want. He thanked him for being so good to his son. "My son owes you a lot for it, and so do I," he added. "And it means even more because he's a young man who doesn't know much about the world yet. You don't think it's beneath you to help teach him."
Cogia Hussain returned the compliment. He told Ali Baba that his son might not have the experience some old men have, but he had good sense, and that was worth more than the experience of a great many other people.
They talked for a short while about other things that didn't matter. Then Cogia Hussain tried to leave. Ali Baba stopped him.
"Sir," he said, "where are you going? Please do me the honor of having dinner with me. The meal I want to serve you isn't nearly as good as you deserve. But I hope you'll accept it as gladly as I'm offering it."
"Ali Baba, sir," Cogia Hussain said, "I'm sure you mean it kindly. I'm asking you not to be offended if I leave without accepting your kind offer. Please believe me, it isn't because I look down on you or want to be rude. It's because I have a reason. If you knew what it was, you'd agree with me."
"And what could that reason be, sir?" Ali Baba asked. "May I ask?"
"I can tell you," Cogia Hussain said. "I don't eat any meat or any stew that has salt in it. You can imagine how awkward I'd be at your table."
"If that's your only reason," Ali Baba insisted, "it shouldn't keep me from the honor of having you for dinner, unless you'd really rather not. First of all, the bread we eat in my house has no salt in it. As for the meat and the stews, I promise there won't be any salt in anything that's served to you. I'll go and tell them. So please, stay. I'll be right back."
Ali Baba went to the kitchen. He told Morgiana not to put salt on the meat she was going to serve. He also told her to quickly make two or three stews with no salt, out of the ones he had asked her to cook.
Morgiana was ready to serve. She couldn't help showing how annoyed she was about this new order, and she told Ali Baba so.
"Who is this picky man who doesn't eat salt?" she said. "If I serve your dinner late, it won't be any good anymore."
"Don't be angry, Morgiana," Ali Baba said. "He's a good man. Do what I tell you."
Morgiana did it, but she didn't like it. She wanted to see this man who didn't eat salt. When she was finished and Abdalla had set the table, she helped him carry in the dishes. As soon as she looked at Cogia Hussain, she recognized him. Even in his disguise, he was the robber leader. She looked at him more closely and saw that he had a dagger hidden under his robe.
"Now I understand why that criminal doesn't want to eat salt with my master," she thought. "He's my master's worst enemy. He wants to murder him. But I'll stop him."
Morgiana's Dance
French
Quand Morgiane eut achevé de servir, ou de faire servir par Abdalla, elle prit le temps pendant que l’on soupoit, et fit les préparatifs nécessaires pour l’exécution d’un coup des plus hardis; et elle venoit d’achever lors qu’Abdalla vint l’avertir qu’il étoit temps de servir le fruit. Elle porta le fruit; et dès qu’Abdalla eut levé ce qui étoit sur la table, elle le servit. Ensuite elle posa près d’Ali Baba une petite table sur laquelle elle mit le vin avec trois tasses; et en sortant elle emmena Abdalla avec elle, comme pour aller souper ensemble, et donner à Ali Baba, selon la coutume, la liberté de s’entretenir et de se réjouir agréablement avec son hôte, et de le faire bien boire.
Alors, le faux Cogia Houssain, ou plutôt le capitaine des quarante voleurs, crut que l’occasion favorable pour ôter la vie à Ali Baba étoit venue.
« Je vais, dit-il en lui-même, faire enivrer le père et le fils; et le fils, à qui je veux bien donner la vie, ne m’empêchera pas d’enfoncer le poignard dans le cœur du père, et je me sauverai par le jardin, comme je l’ai déjà fait, pendant que la cuisinière et l’esclave n’auront pas encore achevé de souper ou seront endormis dans la cuisine. »
Au lieu de souper, Morgiane qui avoit pénétré dans l’intention du faux Cogia Houssain, ne lui donna pas le temps de venir à l’exécution de sa méchanceté. Elle s’habilla d’un habit de danseuse fort propre, prit une coiffure convenable, et se ceignit d’une ceinture d’argent doré, où elle attacha un poignard, dont la gaine et le manche étoient de même métal; et avec cela elle appliqua un fort beau masque sur son visage. Quand elle se fut déguisée de la sorte, elle dit à Abdalla:
« Abdalla, prends ton tambour de basque, et allons donner à l’hôte de notre maître, et ami de son fils, le divertissemment que nous lui donnons quelquefois. »
Abdalla prend le tambour de basque; il commence à en jouer en marchant devant Morgiane, et il entre dans la salle. Morgiane en entrant après lui, fait une profonde révérence d’un air délibéré et à se faire regarder, comme en demandant la permission de faire voir ce qu’elle savoit faire.
Comme Abdalla vit qu’Ali Baba vouloit parler, il cessa de toucher le tambour de basque.
« Entre, Morgiane, entre, dit Ali Baba: Cogia Houssain jugera de quoi tu es capable, et il nous dira ce qu’il en pensera. Au moins, Seigneur, dit-il à Cogia Houssain en se tournant de son côté, ne croyez pas que je me mette en dépense pour vous donner ce divertissement. Je le trouve chez moi, et vous voyez que ce sont mon esclave, et ma cuisinière et dépensière en même temps, qui me le donnent. J’espère que vous ne le trouverez pas désagréable. »
Cogia Houssain ne s’attendoit pas qu’Ali Baba dût ajouter ce divertissement au soupé qu’il lui donnoit. Cela lui fit craindre de ne pouvoir pas profiter de l’occasion qu’il croyoit avoir trouvée. Au cas que cela arrivât, il se consola par l’espérance de la retrouver en continuant de ménager l’amitié du père et du fils. Ainsi, quoiqu’il eût mieux aimé qu’Ali Baba eût bien voulu ne le lui pas donner, il fit semblant néanmoins de lui en avoir obligation, et il eut la complaisance de lui témoigner que ce qui lui faisoit plaisir ne pourroit pas manquer de lui en faire aussi.
Quand Abdalla vit qu’Ali Baba et Cogia Houssain avoient cessé de parler, il recommença à toucher son tambour de basque et l’accompagna de sa voix sur un air à danser; et Morgiane qui ne le cédoit à aucune danseuse de profession, dansa d’une manière à se faire admirer, même de toute autre compagnie que celle à laquelle elle donnoit ce spectacle, dont il n’y avoit peut-être que le faux Cogia Houssain qui y donnât peu d’attention.
Après avoir dansé plusieurs danses avec le même agrément et de la même force, elle tira enfin le poignard; et en le tenant à la main elle en dansa une dans laquelle elle se surpassa par les figures différentes, par les mouvemens légers, par les sauts surprenans, et par les efforts merveilleux dont elle les accompagna, tantôt en présentant le poignard en avant, comme pour frapper, tantôt en faisant semblant de s’en frapper elle-même dans le sein.
Comme hors d’haleine enfin, elle arracha le tambour de basque des mains d’Abdalla, de la main gauche, et en tenant le poignard de la droite, elle alla présenter le tambour de basque par le creux à Ali Baba, à l’imitation des danseurs et danseuses de profession, qui en usent ainsi pour solliciter la libéralité de leurs spectateurs.
Ali Baba jeta une pièce d’or dans le tambour de basque de Morgiane. Morgiane s’adressa ensuite au fils d’Ali Baba, qui suivit l’exemple de son père. Cogia Houssain qui vit qu’elle alloit venir aussi à lui, avoit déjà tiré la bourse de son sein pour lui faire son présent, et il y mettoit la main, dans le moment que Morgiane, avec un courage digne de la fermeté et de la résolution qu’elle avoit montrées jusqu’alors, lui enfonça le poignard au milieu du cœur, si avant qu’elle ne le retira qu’après lui avoir ôté la vie.
Ali Baba et son fils épouvantés de cette action, poussèrent un grand cri: « Ah, malheureuse, s’écria Ali Baba, qu’as-tu fait? Est-ce pour nous perdre, moi et ma famille? »
« Ce n’est pas vous perdre, répondit Morgiane: je l’ai fait pour votre conservation. »
Alors en ouvrant la robe de Cogia Houssain, et en montrant à Ali Baba le poignard dont il étoit armé: « Voyez, dit-elle, à quel fier ennemi vous aviez affaire, et regardez-le bien au visage: vous y reconnoîtrez le faux marchand d’huile, et le capitaine des quarante voleurs! Ne considérez-vous pas aussi qu’il n’a pas voulu manger de sel avec vous? En voulez-vous davantage pour vous persuader de son dessein pernicieux? Avant que je l’eusse vu, le soupçon m’en étoit venu, du moment que vous m’avez fait connoître que vous aviez un tel convive. Je l’ai vu, et vous voyez que mon soupçon n’étoit pas mal fondé. »
Ali Baba qui connut la nouvelle obligation qu’il avoit à Morgiane de lui avoir conservé la vie une seconde fois, l’embrassa.
English
When Morgiana had finished serving, or having Abdalla serve, she used the time while they were eating to get ready for something extremely daring. She had just finished getting ready when Abdalla came to tell her it was time to bring the fruit. She took the fruit in. As soon as Abdalla had cleared the table, she served it. Then she put a small table next to Ali Baba, with wine and three cups on it. When she left, she took Abdalla with her, as if they were going to eat dinner together. As was the custom, this left Ali Baba free to talk and have a good time with his guest, and to make sure he had plenty to drink.
Then the fake Cogia Hussain, who was really the leader of the forty robbers, thought the right moment to kill Ali Baba had come.
"I'll get the father and the son drunk," he thought. "I don't mind letting the son live. He won't be able to stop me from stabbing the father in the heart with my dagger. Then I'll escape through the garden like I did before. The cook and the slave won't have finished their dinner yet, or they'll have fallen asleep in the kitchen."
But Morgiana didn't eat dinner. She had figured out what the fake Cogia Hussain meant to do, and she didn't give him time to carry out his evil plan. She put on a very pretty dancer's outfit and a headdress to go with it. She tied on a belt made of silver covered in gold. She hung a dagger on it. The dagger's sheath and handle were made of the same metal. She also put a very beautiful mask over her face. Once she was dressed up like this, she said to Abdalla:
"Abdalla, get your tambourine. Let's go put on the show we sometimes do for guests. We'll do it for our master's guest, who is also his son's friend."
Abdalla picked up the tambourine. He started playing it as he walked in front of Morgiana, and he went into the room. Morgiana came in after him and gave a deep bow. She did it confidently, so everyone would look at her, as if she were asking permission to show them what she could do.
Abdalla saw that Ali Baba wanted to say something, so he stopped playing the tambourine.
"Come in, Morgiana, come in," Ali Baba said. "Cogia Hussain will see what you can do, and he'll tell us what he thinks." Then he turned to Cogia Hussain. "Sir," he said, "please don't think I've spent a lot of money to put on this show for you. It's all from my own house. As you can see, it's my slave and my cook, who also runs my household, who are doing it. I hope you'll enjoy it."
Cogia Hussain hadn't expected Ali Baba to add a show to the dinner. It made him worry that he might not be able to use the chance he thought he had found. If that happened, he told himself he could still find another chance, as long as he stayed friends with the father and son. So even though he would have preferred that Ali Baba hadn't done it, he acted as if he were grateful. He was polite enough to tell Ali Baba that anything that pleased Ali Baba was sure to please him too.
When Abdalla saw that Ali Baba and Cogia Hussain had stopped talking, he started playing the tambourine again. He sang along with a dance song. Morgiana was as good as any professional dancer. She danced so well that any audience at all would have admired it, not just the people she was dancing for. Probably the only one who didn't pay much attention was the fake Cogia Hussain.
She danced several dances, each one just as graceful and full of energy. Then at last she pulled out the dagger. Holding it in her hand, she did a dance that was better than all the rest. She did many different steps and moved lightly. She made amazing jumps and did wonderful, difficult moves. Sometimes she pushed the dagger forward as if she were going to stab someone. Sometimes she pretended to stab herself in the chest.
Finally, acting as if she were out of breath, she grabbed the tambourine out of Abdalla's hands with her left hand. She held the dagger in her right. She went and held the tambourine out to Ali Baba, open side up, the way professional dancers do when they ask their audience for money.
Ali Baba threw a gold coin into Morgiana's tambourine. Next Morgiana went to Ali Baba's son, and he did the same as his father. Cogia Hussain saw that she was going to come to him too. He had already pulled his purse out from inside his robe to give her something. Just as he put his hand into it, Morgiana stabbed him right in the heart. It took great courage, as much as all the determination and nerve she had shown so far. She pushed the dagger in so deep that she didn't pull it out until he was dead.
Ali Baba and his son were horrified at what she had done, and they cried out. "What a terrible thing!" Ali Baba shouted. "What have you done? Do you want to destroy me and my family?"
"I haven't destroyed you," Morgiana answered. "I did it to save you."
Then she opened Cogia Hussain's robe and showed Ali Baba the dagger the man had been carrying. "Look," she said. "Look what a dangerous enemy you were dealing with. Take a good look at his face. You'll see he's the fake oil seller, the leader of the forty robbers! And didn't you notice he wouldn't eat salt with you? What more do you need to be sure he meant to do something terrible? I suspected it even before I saw him, as soon as you told me you had a guest like that. Then I saw him, and you can see I was right to be suspicious."
Ali Baba realized he now owed Morgiana even more. She had saved his life a second time. He hugged her.
The Wedding and the Secret of the Cave
French
« Morgiane, dit-il, je t’ai donné la liberté, et alors je t’ai promis que ma reconnoissance n’en demeureroit pas là, et que bientôt j’y mettrois le comble. Ce temps est venu, et je te fais ma belle-fille. »
Et en s’adressant à son fils: « Mon fils, ajouta Ali Baba, je vous crois assez bon fils, pour ne pas trouver étrange que je vous donne Morgiane pour femme sans vous consulter. Vous ne lui avez pas moins d’obligation que moi. Vous voyez que Cogia Houssain n’avoit recherché votre amitié que dans le dessein de mieux réussir à m’arracher la vie par sa trahison; et s’il y eût réussi, vous ne devez pas douter qu’il ne vous eût sacrifié aussi à sa vengeance. Considérez de plus qu’en épousant Morgiane, vous épousez le soutien de ma famille, tant que je vivrai, et l’appui de la vôtre jusqu’à la fin de vos jours. »
Le fils, bien loin de témoigner aucun mécontentement, marqua qu’il consentoit à ce mariage, non-seulement par ce qu’il ne vouloit pas désobéir à son père, mais même parce qu’il y étoit porté par sa propre inclination.
On songea ensuite dans la maison d’Ali Baba à enterrer le corps du capitaine, auprès de ceux des quarante voleurs; et cela se fit si secrètement, qu’on n’en eut connoissance qu’après de longues années, lorsque personne ne se trouvoit plus intéressé dans la publication de cette histoire mémorable.
Peu de jours après, Ali Baba célébra les noces de son fils et de Morgiane avec grande solennité, et par un festin somptueux, accompagné de danses, de spectacles et des divertissemens accoutumés; et il eut la satisfaction de voir que ses amis et ses voisins, qu’il avoit invités, sans avoir connoissance des vrais motifs du mariage, mais qui d’ailleurs n’ignoroient pas les belles et bonnes qualités de Morgiane, le louèrent hautement de sa générosité et de son bon cœur.
Après le mariage, Ali Baba qui s’étoit abstenu de retourner à la grotte depuis qu’il en avoit tiré et rapporté le corps de son frère Cassim sur un de ses trois ânes, avec l’or dont il les avoit chargés, par la crainte d’y trouver les voleurs ou d’y être surpris, s’en abstint encore après la mort des trente-huit voleurs, en y comprenant leur capitaine, parce qu’il supposa que les deux autres, dont le destin ne lui étoit pas connu, étoient encore vivans.
Mais au bout d’un an, comme il eut vu qu’il ne s’étoit fait aucune entreprise pour l’inquiéter, la curiosité le prit d’y faire un voyage, en prenant les précautions nécessaires pour sa sûreté. Il monta à cheval; et quand il fut arrivé près de la grotte, il prit un bon augure de ce qu’il n’aperçut aucun vestige ni d’hommes ni de chevaux. Il mit pied à terre, il attacha son cheval, et en se présentant devant la porte, il prononça ces paroles: Sésame, ouvre-toi, qu’il n’avoit pas oubliées. La porte s’ouvrit; il entra, et l’état où il trouva toutes choses dans la grotte, lui fit juger que personne n’y étoit entré depuis environ le temps que le faux Cogia Houssain étoit venu lever boutique dans la ville, et ainsi, que la troupe des quarante voleurs étoit entièrement dissipée et exterminée depuis ce temps-là. Il ne douta plus qu’il ne fût le seul au monde qui eût le secret de faire ouvrir la grotte, et que le trésor qu’elle enfermoit étoit à sa disposition. Il s’étoit muni d’une valise; il la remplit d’autant d’or que son cheval en put porter, et il revint à la ville.
Depuis ce temps-là, Ali Baba, son fils qu’il mena à la grotte, et à qui il enseigna le secret pour y entrer, et après eux leur postérité à laquelle ils firent passer le même secret, en profitant de leur fortune avec modération, vécurent dans une grande splendeur, et honorés des premières dignités de la ville.
Après avoir achevé de raconter cette histoire au sultan Schahriar, Scheherazade qui vit qu’il n’étoit pas encore jour, commença de lui faire le récit de celle que nous allons voir:
English
"Morgiana," he said, "I set you free. When I did, I promised you that I wouldn't stop there. I said I would soon do something even greater to thank you. Now the time has come. I'm making you my son's wife."
Then Ali Baba spoke to his son. "Son," he said, "I think you're a good enough son that you won't mind me giving you Morgiana as your wife without asking you first. You owe her just as much as I do. You can see now that Cogia Hussain only made friends with you so he'd have a better chance to betray me and kill me. And if he had managed it, you can be sure he would have killed you too, to get his revenge. Think about this too. By marrying Morgiana, you're marrying the person who will hold my family together as long as I live. And she'll be the one your own family can count on for the rest of your life."
The son wasn't unhappy about it at all. He made it clear that he agreed to the marriage. He didn't want to disobey his father, but that wasn't the only reason. He also wanted to marry her.
Next, the people in Ali Baba's house buried the leader's body next to the bodies of the forty robbers. They did it so secretly that nobody found out about it until many years later. By then it no longer mattered to anyone if this remarkable story was told.
A few days later, Ali Baba held the wedding of his son and Morgiana. It was a grand celebration with a huge feast. There was dancing, there were shows, and there was all the usual entertainment. Ali Baba had invited his friends and neighbors. They didn't know the real reasons for the marriage, but they knew very well what a fine, good person Morgiana was. Ali Baba was pleased to hear them all praise him loudly for being so generous and kind.
Ali Baba had stayed away from the cave ever since he had taken his brother Cassim's body out of it and brought it home on one of his three donkeys, along with the gold he had loaded onto them. He had stayed away because he was afraid he would find the robbers there or that they would catch him. After the wedding, he still stayed away, even though thirty-eight of the robbers were dead, counting the leader. That was because he thought the other two were still alive. He didn't know what had happened to them.
But after a year, he saw that nobody had tried to cause him any trouble. He got curious and decided to go there, being careful to stay safe. He rode there on his horse. When he got near the cave, he didn't see any sign of people or horses. He took that as a good sign. He got off his horse and tied it up. He stood in front of the door and said the words. He hadn't forgotten them: "Open, Sesame!" The door opened. He went in. From the way everything looked inside, he could tell nobody had been in the cave since about the time the fake Cogia Hussain had come to open his shop in town. So the gang of forty robbers must have been completely broken up and wiped out since then. Now he was sure he was the only person in the world who knew the secret for opening the cave, and that the treasure inside was his to use. He had brought a saddlebag with him. He filled it with as much gold as his horse could carry, and he went back to town.
From then on, Ali Baba lived in great wealth and comfort. So did his son, whom he took to the cave and taught the secret of how to get in. And so did their children and grandchildren after them, who were taught the same secret. They didn't overdo it with their money. They were respected and held the most important positions in the city.
When Scheherazade finished telling this story to Sultan Shahriar, she saw that it wasn't morning yet. So she started telling him the next story, the one that comes after this: