### 2723. Proclamation to the Egyptians (July 1798) 2723. — PROCLAMATION. Quartier général, Alexandrie, 14 messidor an VI (2 juillet 1798), 18 du mois de muharrem, l’an de l’hégire 1213. Bonaparte, membre de l’Institut national, général en chef: Depuis assez longtemps les beys qui gouvernent l’Égypte insultent à la nation française et couvrent ses négociants d’avanies: l’heure de leur châtiment est arrivée. Depuis trop longtemps ce ramassis d’esclaves achetés dans la Géorgie et le Caucase tyrannise la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur empire finît. Peuples de l’Égypte, on vous dira que je viens détruire votre religion; ne le croyez pas! Répondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte, plus que les Mameluks, Dieu, son prophète et l’Alcoran. Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu; la sagesse, les talents et les vertus mettent seuls de la différence entre eux. Or, quelle sagesse, quels talents, quelles vertus distinguent les Mameluks, pour qu’ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie aimable et douce? Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison? cela appartient aux Mameluks. Si l’Égypte est leur ferme, qu’ils montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple. Tous les Égyptiens seront appelés à gérer toutes les places; les plus sages, les plus instruits, les plus vertueux gouverneront, et le peuple sera heureux. Il y avait parmi vous jadis de grandes villes, de grands canaux, un grand commerce. Qui a tout détruit, si ce n’est l’avarice, les injustices et la tyrannie des Mameluks? Cadis, cheiks, imams, tchorbadjis, dites au peuple que nous sommes amis des vrais musulmans. N’est-ce pas nous qui avons détruit le Pape, qui disait qu’il fallait faire la guerre aux musulmans? N’est-ce pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces insensés croyaient que Dieu voulait qu’ils fissent la guerre aux musulmans? N’est-ce pas nous qui avons été dans tous les siècles les amis du Grand Seigneur (que Dieu accomplisse ses désirs!) et l’ennemi de ses ennemis? Les Mameluks, au contraire, ne se sont-ils pas toujours révoltés contre l’autorité du Grand Seigneur, qu’ils méconnaissent encore? Ils ne font que leurs caprices. Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospéreront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le temps d’apprendre à nous connaître, et ils se rangeront avec nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s’armeront pour les Mameluks et combattront contre nous! Il n’y aura pas d’espérance pour eux: ils périront. ARTICLE 1er. — Tous les villages situés dans un rayon de trois lieues des endroits où passera l’armée enverront une députation pour faire connaître au général commandant les troupes qu’ils sont dans l’obéissance, et le prévenir qu’ils ont arboré le drapeau de l’armée, bleu, blanc et rouge. ART. 2. — Tous les villages qui prendront les armes contre l’armée seront brûlés. ART. 3. — Tous les villages qui se seront soumis à l’armée mettront, avec le pavillon du Grand Seigneur, notre ami, celui de l’armée. ART. 4. — Les cheiks feront mettre les scellés sur les biens, maisons, propriétés qui appartiendront aux Mameluks, et auront soin que rien ne soit détourné. ART. 5. — Les cheiks, les cadis et les imams continueront les fonctions de leurs places. Chaque habitant restera chez lui, et les prières continueront comme à l’ordinaire. Chacun remerciera Dieu de la destruction des Mameluks et criera: Gloire au Sultan! gloire à l’armée française, son amie! malédiction aux Mameluks, et bonheur aux peuples d’Égypte! BONAPARTE.