### 461. To His Brothers in Arms (May 1796) 461. — A SES FRÈRES D’ARMES. Quartier général, Milan, 1er prairial an IV (20 mai 1796). Soldats, Vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l’Apennin; vous avez culbuté, dispersé, éparpillé tout ce qui s’opposait à votre marche. Le Piémont, délivré de la tyrannie autrichienne, s’est livré à ses sentiments naturels de paix et d’amitié pour la France. Milan est à vous, et le pavillon républicain flotte dans toute la Lombardie. Les ducs de Parme et de Modène ne doivent leur existence politique qu’à votre générosité. L’armée qui vous menaçait avec tant d’orgueil ne trouve plus de barrière qui la rassure contre votre courage. Le Pô, le Tessin, l’Adda n’ont pu vous arrêter un seul jour; ces boulevards vantés de l’Italie ont été insuffisants, vous les avez franchis aussi rapidement que l’Apennin. Tant de succès ont porté la joie dans le sein de la patrie; vos représentants ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la République. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes se réjouissent de vos succès et se vantent avec orgueil de vous appartenir. Oui, soldats, vous avez beaucoup fait; mais ne vous reste-t-il donc plus rien à faire? Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre, mais que nous n’avons pas su profiter de la victoire? La postérité nous reprochera-t-elle d’avoir trouvé Capoue dans la Lombardie? Mais je vous vois déjà courir aux armes: un lâche repos vous fatigue; les journées perdues pour la gloire le sont pour votre bonheur. Eh bien, partons! nous avons encore des marches forcées à faire, des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir, des injures à venger. Que ceux qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile en France, qui ont lâchement assassiné nos ministres, incendié nos vaisseaux à Toulon tremblent; l’heure de la vengeance a sonné. Mais que les peuples soient sans inquiétude; nous sommes amis de tous les peuples, et plus particulièrement des descendants des Brutus, des Scipion et des grands hommes que nous avons pris pour modèles. Rétablir le Capitole, y placer avec honneur les statues des héros qui se rendirent célèbres, réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d’esclavage, tel sera le fruit de vos victoires. Elles feront époque dans la postérité. Vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l’Europe. Le peuple français, libre, respecté du monde entier, donnera à l’Europe une paix glorieuse qui l’indemnisera des sacrifices de toute espèce qu’il a faits depuis six ans. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront en vous montrant: « Il était de l’armée d’Italie! » BONAPARTE.